SFO 2026 LIVE – Symposium Roche – Nouvelles stratégies dans la prise en charge de l’œdème maculaire diabétique
Focus sur le faricimab : de la physiopathologie à la pratique quotidienne
Compte rendu du symposium Roche lors de la SFO 2026 — Lundi 11 mai
Résumé par Aylin Tetik — Docteur Junior, service du Pr Muraine, CHU de Rouen
Ce symposium organisé lors de la SFO 2026 a réuni cinq experts — les Drs Semoun, Giocanti, Kodjikian, Krivosic et Souied — autour du faricimab, premier inhibiteur bispécifique anti-VEGF-A / anti-Ang-2. Physiopathologie, biomarqueurs d’imagerie, efficacité anatomique, données de vie réelle et stratégies de switch ont été passés en revue, dégageant un message cohérent : une supériorité anatomique démontrée, des intervalles d’injection progressivement espacés et un profil de tolérance rassurant, y compris dans les populations les plus difficiles.
Stabilité vasculaire et biomarqueurs dans l’OMD
Dr Oudy Semoun | Paris
Ce symposium a ouvert sur la physiopathologie de la perméabilité vasculaire rétinienne, articulée autour de l’équilibre Angiopoiétine 1 (Ang-1) / Angiopoiétine 2 (Ang-2). Ang-1 assure la stabilité vasculaire, tandis qu’Ang-2 favorise le remodelage et le bourgeonnement. Dans les pathologies comme le diabète ou les occlusions veineuses, cet équilibre est rompu : les taux de VEGF et d’Ang-2 s’élèvent conjointement, amplifiant la fuite vasculaire. Des données murines ont démontré que le blocage de l’Ang-2 atténue significativement cette fuite, y compris en présence de VEGF.
Trois modalités d’imagerie, exploitées avec des algorithmes d’intelligence artificielle, permettent d’évaluer la stabilité vasculaire sous traitement :
- Angiographie à la fluorescéine (UWF)
- Rétinophotographies couleur grand champ
- OCT
L’analyse post-hoc des études YOSEMITE/RHINE révèle une supériorité du faricimab sur l’aflibercept 2 mg sur l’ensemble de ces biomarqueurs :
- Nombre de microanévrismes : diminution plus importante sous faricimab, aussi bien sur la macula que sur l’ensemble de la rétine.
- Aire de diffusion à la fluorescéine : réduction de près de 50 % à la semaine 16 sous faricimab vs aflibercept 2 mg. La différence d’efficacité avec l’aflibercept 8 mg restait, quant à elle, modeste dans l’étude PHOTON.
- Exsudats en rétinophotographie : à 96 semaines, la réduction de l’aire totale et la proportion de patients en régression complète des microanévrismes sont supérieures sous faricimab.
- Volume des exsudats en OCT : inférieur sous faricimab à 96-100 semaines et maintenu à un niveau significativement plus bas que sous aflibercept.
Ces résultats convergent vers une réduction plus profonde et plus durable de la perméabilité vasculaire, attribuée à la double inhibition VEGF-A / Ang-2.
Imagerie du diabète : vers une meilleure précision clinique
Pr Audrey Giocanti | Bobigny
La rétinophotographie couleur grand champ constitue la base du bilan : elle permet de diagnostiquer et grader la rétinopathie diabétique (RD), d’identifier les lésions à prédominance périphérique (signe d’évolutivité rapide) et de détecter les exsudats au pôle postérieur (marqueur de rupture de la barrière hémato-rétinienne interne). L’OCT complète ce bilan en diagnostiquant l’œdème, en caractérisant le type de fluide (sous-rétinien ou intra-rétinien), en évaluant l’intégrité des couches externes (couche ellipsoïde, membrane limitante externe) et en identifiant les télangiectasies capillaires (telcaps) — des lésions arrondies hyporéflectives entretenant l’œdème et souvent responsables d’échecs thérapeutiques aux anti-VEGF.
Les telcaps sont idéalement explorées par ICG (hyperfluorescence aux temps intermédiaires et tardifs, à distinguer du comportement angiographique des microanévrismes), et parfois visibles en OCTA. L’OCTA grand champ permet par ailleurs d’évaluer les zones de non-perfusion, indicateurs de sévérité et d’indication à la photocoagulation panrétinienne.
Bilan d’imagerie recommandé :
- Minimal : rétinophotographie couleur (± ultra-grand champ) + OCT.
- Élargi selon contexte : OCT en face, OCTA, angiographie ICG (exsudats) ; OCTA grand champ + angiographie à la fluorescéine (formes à haut risque, nodules cotonneux).
Expérience en vie réelle : cohorte d’Avicenne
Une étude rétrospective portant sur 50 yeux (21 naïfs, 29 switchés — anti-VEGF ou implant de dexaméthasone) a évalué le faricimab dans l’OMD à 12 mois. L’âge moyen était de 64 ans, l’ancienneté du diabète de 17 ans et l’HbA1c moyenne de 8 %.
Chez les patients naïfs :
- Gain d’acuité visuelle (AV) : −0,216 logMAR (p < 0,001).
- Assèchement anatomique significatif avec un intervalle moyen de 13 semaines et 7 injections sur l’année.
- 4 yeux ont arrêté le traitement (3 pour efficacité insuffisante, 1 pour uvéite antérieure aiguë traitée par AIS topique).
Chez les patients switchés :
- Aucun cas d’inflammation intra-oculaire, y compris après switch post-Ozurdex.
- Amélioration significative de l’AV et réduction de l’épaisseur rétinienne centrale (ERC).
- Allongement de l’intervalle de traitement de 4 à 7 semaines à M12 pour le groupe switch anti-VEGF.
Faricimab dans l’OMD : données pivotales et vie réelle
Pr Laurent Kodjikian | Lyon
Les études YOSEMITE et RHINE ont établi la non-infériorité du faricimab versus aflibercept 2 mg en termes d’AV, avec une supériorité anatomique à temps d’injection équivalents. Le schéma PTI (schéma d’injection se rapprochant du Treat and Extend) permet d’atteindre un intervalle de 12 semaines dans 78 % des cas et de 16 semaines dans 62 % des cas. L’étude d’extension RHONE-X confirme le maintien des bénéfices sous faricimab, avec une augmentation de la proportion de patients sans OMD (ERC < 325 µm) passant de 84 % à 95 % après switch d’aflibercept 2 mg.
Trois grandes études de vie réelle consolident ces données :
- VOYAGER (prospective, multicentrique) : après 3,3 ans sous anti-VEGF, le switch vers le faricimab améliore le gain anatomique et réduit de moitié le nombre d’injections au 2e semestre.
- FARETINA (registre américain IRIS, rétrospective) : le switch depuis l’aflibercept 2 mg ou le bévacizumab prolonge l’intervalle d’injection de 11 à 12 jours en moyenne.
- FARWIDE-OMD (registre anglais) : les patients naïfs gagnent 5 lettres ; la proportion de patients aptes à la conduite (AV ≥ 5/10) progresse de 48 % à 55 % à 24 mois.
La cohorte des « mauvais répondeurs » de la Croix-Rousse (13 yeux, suivi moyen 18 mois post-switch) illustre le bénéfice du faricimab même dans cette population difficile qui reste en « Q4 avec fluide » :
- Réduction de l’ERC de 20 %.
- 43 % des yeux à Q8 ou plus, contre 0 % avant le switch.
- Gain moyen d’intervalle : +1,6 semaine (11,2 jours).
- Absence d’effet indésirable sur la série.
Faricimab dans les occlusions veineuses rétiniennes
Dr Valérie Krivosic | Paris
Les études BALATON (occlusions de branches veineuses rétiniennes) et COMINO (occlusions veineuses centrales) ont validé l’efficacité du faricimab dans les œdèmes maculaires cystoïdes (OMC) sur OVR. Un gain ≥ 15 lettres est obtenu dans plus de 60 % des cas. L’ERC diminue dès la 4e semaine et se maintient à la 72e semaine. L’intervalle de 12 semaines est atteint par 57 % des patients BALATON et 45 % des patients COMINO.
Une analyse post-hoc (Balaton/Comino — Dinah et al.) a mis en évidence une association entre la résolution précoce de la diffusion en angiographie à la fluorescéine et l’allongement des intervalles d’injection ultérieurs. La régression de la vasoperméabilité — particulièrement marquée sous faricimab grâce à l’anti-Ang-2 — constitue ainsi un biomarqueur pronostique prometteur et un indicateur précoce d’efficacité supérieure.
L’étude FARETINA-RVO (registre IRIS, rétrospective, 4 000 à 5 000 patients) confirme en vie réelle :
- OBVR naïfs : gain moyen de 10 lignes d’AV.
- OVCR naïfs : gain de 9 lettres.
- Patients switchés : stabilité visuelle, réduction de l’œdème et diminution du nombre d’injections.
- Profil de tolérance excellent : pas d’émergence d’effets secondaires graves.
Table ronde : questions-réponses
Animée par les Prs Krivosic, Kodjikian, Souied, Semoun et Giocanti, la session interactive a abordé les situations cliniques du quotidien.
- Les biomarqueurs ont-ils une valeur prédictive ? Pour le Dr Semoun, les biomarqueurs reflètent l’activité de la maladie et le rôle de l’Ang-2 dans le processus, mais aucun signe isolé n’est véritablement prédictif ; c’est un faisceau d’arguments concordants qui guide la décision.
- Quand switcher ? Pour le Pr Giocanti, si l’AV est peu impactée par l’œdème, une période d’observation est acceptable ; dès que l’AV est inférieure à 5/10, le switch s’impose sans délai. La décision reste partagée avec le patient, à qui l’on explique les bénéfices attendus.
- Switch back : laisser une chance au switch tardif ? Le Pr Kodjikian distingue deux profils : les patients totalement non secs à Q4 (dose de charge de faricimab indiquée) et ceux qui sont secs à Q6 mais pas à Q8 (injection test à l’intervalle habituel ; si fluide persistent à Q6, switch retour justifié car le nouveau produit ne fait pas mieux).
- Phase d’induction lors du switch ? Les avis divergent selon la pathologie. Le Dr Semoun s’en passe volontiers ; le Pr Giocanti adapte en fonction du contexte (DMLA vs OMD) ; le Dr Krivosic la recommande systématiquement avec le faricimab, estimant que l’effet anti-Ang-2 a besoin d’une phase de charge pour s’exprimer pleinement.
- Quand traiter un OMC sur OVR ? Le Dr Krivosic recommande d’initier le traitement dans les 3 premiers mois d’évolution. Dans les OVCR entre 8 et 10/10, une observation de 3 mois reste légitime, une résolution spontanée étant possible.
Un œdème maculaire avec quelques logettes centrales et une acuité visuelle conservée ne justifie pas d’injection immédiate selon le consensus des experts.





