SFO 2026 LIVE – Symposium : « Le microbiote, une révolution clinique en ophtalmologie »
Session samedi 9 mai 2026.
Résumé par Amadou M Baye, en disponibilité recherche, à l’institut Mondor de Recherche Biomédicale équipé de Philippe REMY
La conférence-débat consacrée au microbiome a réuni plusieurs médecins-chercheurs, pour explorer un champ en pleine effervescence : plus de 17 555 publications scientifiques recensées en cinq mois, témoignant d’une croissance très importante de la recherche et d’un changement de paradigme dans notre compréhension des pathologies oculaires chroniques et de son interaction avec le microbiote intestinal.
1. Le microbiote intestinal, une révolution clinique (Pr François Majo, Lausanne)
Le Pr Majo a ouvert la session en rappelant que le microbiote intestinal repose sur six grandes familles bactériennes : principalement Bacillota, Bacteroidota et Actinobacteria qui représentent à elles seules près de 90 % de la flore, auxquelles s’ajoutent des champignons indispensables à l’équilibre.
Ce véritable « organe » assure une autoperfusion : il synthétise des acides aminés et des triglycérides, et dialogue en permanence avec le foie, assurant ainsi plus de 500 fonctions métaboliques.
L’expérience emblématique de la Harvard Medical School, montrant la mutation accélérée de bactéries placées dans des gradients d’antibiotiques, illustre la plasticité de l’écosystème.
La distinction entre eubiose et dysbiose devient ainsi un déterminant majeur de la santé. Une mauvaise alimentation, un excès de caséine qu’on peut trouver dans le lait notamment ou de blé modifié bascule l’équilibre, augmente la perméabilité intestinale et favorise un passage systémique d’antigènes, qui vont avoir ensuite un retentissement général.
Cette dysbiose est documentée chez les patients atteints de syndrome de Sjögren ou de sclérose en plaques. Le Pr Majo a insisté sur la nécessité d’opposer une vision globale du patient à travers OneHealth à la vision strictement locale qui domine encore notre spécialité, et de distinguer rigoureusement probiotiques (souches vivantes) et prébiotiques (fibres nourrissant la flore).
2. Microbiotes oculaire et intestinal : comment interagissent-ils ? (Pr Marc Labetoulle, Paris)
Le Pr Labetoulle a illustré l’axe intestin-œil par des travaux menés sur la souris C57BL/6.
Le transfert du microbiote intestinal de patients Sjögren à des souris saines provoque une perturbation de l’homéostasie cornéenne, une chute des lymphocytes T régulateurs dans les ganglions cervicaux et mésentériques, et l’apparition d’un œil sec authentique.
À l’inverse, le microbiote d’un sujet sain protège la cornée et accélère sa cicatrisation. Ces données plaident pour le concept OneHealth, dans lequel la surface oculaire n’est plus un compartiment isolé mais la fenêtre d’une physiologie systémique.
Le professeur Marc Labetoulle a par ailleurs recommandé la lecture du consensus international TFOS Lifestyle, tout en insistant sur la richesse des outils actuels de la sécheresse oculaire : agents mouillants, ciclosporine A, Lifitegrast, corticoïdes ponctuels, hygiène palpébrale, IPL et produits dérivés du sang (sérum autologue, PRP).
3. Microbiote, acides gras et rétine (Pr Catherine Creuzot-Garcher, Dijon)
La rétine est, après le cerveau, le tissu le plus riche en acides gras polyinsaturés : les lipides représentent 30 % de son poids sec. Les modèles murins montrent que les modifications du microbiote liées à l’âge entraînent une chute de l’acide docosahexaénoïque de la famille des omega 3. C’est pour cema qu’une, une supplémentation adaptée en oméga 3 réduit le risque de DMLA d’environ 30 %, et une activité physique régulière diminue de 50 % la survenue d’une forme exsudative. L’absorption intestinale variable des oméga-3, où le microbiote joue un rôle déterminant, reste un axe de recherche essentiel.
4. Compléments alimentaires et DMLA (Pr Carl Arndt, Reims)
Le Pr Arndt a confirmé que les compléments restent un « must » dans la prise en charge. L’étude AREDS 1 (Arch Ophthalmol, 2001) avait validé l’association vitamines C, E, bêta-carotène et zinc (OR ≈ 0,72 sur la DMLA tardive). AREDS 2 (JAMA Ophthalmol, 2014) a affiné la formule en remplaçant le bêta-carotène par lutéine et zéaxanthine, avec un bénéfice comparable (OR ≈ 0,78) et un meilleur profil de sécurité chez le fumeur.
Conclusion
Un message commun s’est imposé : la micronutrition, longtemps confondue avec la macronutrition énergétique, travaille de concert avec le microbiote pour conditionner la santé oculaire. Elle s’impose désormais comme un levier thérapeutique étayé par des données solides. L’ophtalmologiste de demain devra élargir son horizon et penser l’œil non plus comme un organe isolé, mais comme le miroir d’un équilibre global entre alimentation, microbiote et inflammation.





