ÉTUDE CLINIQUE — NEUROPATHIES OPTIQUES
SFO 2026 LIVE – Neuro-rétinites infectieuses et non infectieuses : apport de l’imagerie multimodale
Étude comparative sur 28 patients — Service d’ophtalmologie du CHU de Monastir, 2021–2024
Auteure de la conférence : Ghita EL QUESSAR
Résumé par Quentin Berthier, Docteur Junior en ophtalmologie, spécialisé en rétine médicale et chirurgicale, Hôpital Nord de Marseille
La neuro-rétinite est une affection rare et complexe, forme particulière de neuropathie optique caractérisée par l’association d’un œdème papillaire et d’un exsudat maculaire en étoile. Le diagnostic est clinique, renforcé par l’imagerie multimodale. Elle se répartit en deux grandes catégories étiologiques: infectieuse et non infectieuse. Cette étude rétrospective, réalisée au CHU de Monastir en Tunisie, s’attache à préciser les étiologies rencontrées et à identifier les éléments d’imagerie permettant de distinguer ces deux entités.
Objectifs et méthodes
Le but de ce travail était d’identifier les étiologies des neuro-rétinites et de comparer leur présentation clinique et leurs données d’imagerie multimodale. Il s’agit d’une étude transversale de type cas-témoins menée au service d’ophtalmologie du CHU de Monastir sur la période de janvier 2021 à avril 2024. Au total, 28 patients ont été inclus.
Données épidémiologiques
Sur les 28 patients inclus, 16 présentaient une neuro-rétinite d’origine infectieuse et 12 une forme non infectieuse. L’âge moyen était de 28 ± 13 ans dans le groupe infectieux, contre 31 ± 12 ans dans le groupe non infectieux. Une légère prédominance masculine était observée dans les causes infectieuses, avec un sex-ratio de 1,33. Parmi les étiologies infectieuses, la maladie des griffes du chat (Bartonella henselae) était la plus fréquente, suivie par la toxoplasmose et la tuberculose. La maladie de Behçet et la sarcoïdose constituaient les principales causes non infectieuses identifiées.
Analyse du fond d’œil
L’examen du fond d’œil mettait en évidence, dans les deux groupes, un œdème papillaire et des exsudats périmaculaires en étoile, ainsi que des telangiectasies et des occlusions de branches arterielles. Le paramètre le plus discriminant entre les deux groupes était la présence de foyers rétiniens ou choroïdiens, significativement plus fréquents dans les formes infectieuses (p = 0,02). Les aspects illustratifs incluaient des foyers satellites en rapport avec des pathologies infectieuses, et également un cas de Behçet associé à un foyer rétinien périphérique.
Apport de l’OCT
L’analyse en tomographie par cohérence optique (OCT) a mis en évidence deux paramètres fortement discriminants : une taille de l’œdème maculaire supérieure à 400 microns et son caractère focal étaient significativement associés aux formes infectieuses. À titre d’exemple, les neuro-rétinites liées à la maladie des griffes du chat présentaient un œdème focal dépassant 400 microns, avec des valeurs pouvant atteindre plus de 600 microns. En revanche, les formes non infectieuses, notamment d’origine sarcoïdosique, présentaient un œdème maculaire plus diffus, de moindre épaisseur, traduisant une atteinte inflammatoire moins localisée.
OCT-A et angiographies
L’angiographie OCT (OCT-A) a permis d’analyser la perfusion des plexus vasculaires superficiels et profonds ainsi que de la choriocapillaire, retrouvant des altérations dans les différentes étiologies, sans relation statistiquement significative entre les groupes. L’angiographie à la fluorescéine a confirmé les données du fond d’œil, notamment les occlusions vasculaires et les foyers actifs, sans atteindre la significativité statistique. Ces examens conservent néanmoins une valeur qualitative importante pour la caractérisation individuelle des lésions.
Champ visuel et corrélations fonctionnelles
Le champ visuel confirmait les données de l’imagerie structurale : une atteinte focale (rétrécissement localisé des isoptères) était observée dans les formes infectieuses, tandis que les formes non infectieuses présentaient un élargissement de la tache aveugle associé à un rétrécissement diffus des isoptères. Cette concordance entre imagerie multimodale et champ visuel renforce la valeur diagnostique et pronostique de l’approche multiparamétrique.
Conclusion
La neuro-rétinite est une forme rare de neuropathie optique, le plus souvent unilatérale, pouvant survenir à tout âge mais préférentiellement chez l’adulte jeune. Cette étude confirme que l’imagerie multimodale associant OCT, OCT-A, angiographies et champ visuel joue un rôle déterminant dans la distinction entre les formes infectieuses et non infectieuses, dans la conduite de l’enquête étiologique et dans l’estimation du pronostic visuel. Les critères les plus discriminants restent la présence de foyers rétiniens ou choroïdiens, la taille et le caractère focal de l’œdème maculaire en OCT, et le profil du champ visuel.





