Choroïdite serpigineuse : quand une « atrophie géographique atypique » cache en fait une lésion encore active
Agarwal A et al. Imaging Measures for the Assessment of Disease Activity in Noninfectious Posterior Uveitis – Multimodal Imaging in Uveitis (MUV) Taskforce: Report 10. Am J Ophthalmol. 2026.
Dans certaines maladies comme la choroïdite serpigineuse, il n’est pas toujours facile de savoir si l’on a affaire à une inflammation active ou à une simple cicatrice.
Un patient peut arriver avec une image qui ressemble à une plaque de DMLA atrophique péripapillaire ou maculaire. Mais en regardant de plus près, une activité inflammatoire discrète peut persister à la périphérie et faire progresser la maladie sans bruit.
L’imagerie multimodale a changé notre façon d’évaluer l’activité des uvéites postérieures non infectieuses. Dans ce dixième rapport, la MUV Taskforce propose une manière standardisée d’identifier les signes d’activité et d’inactivité grâce à l’imagerie.
L’idée est assez simple : faire la différence entre une maladie encore active et des lésions cicatricielles anciennes.
Ce que montre l’imagerie multimodale
L’exemple présenté dans l’article est particulièrement parlant.

Au fond d’œil, la lésion apparaît comme une zone jaunâtre aux contours flous, située au bord d’une large zone atrophique.
L’OCT met en évidence un épaississement focal de la rétine externe et de l’épithélium pigmentaire, exactement au niveau du front de progression de la lésion.
L’angiographie à la fluorescéine montre une hyperfluorescence progressive, tandis que l’angiographie au vert d’indocyanine révèle une hypofluorescence plus étendue, en lien avec l’activité choroïdienne.
L’autofluorescence aide également à mieux repérer la zone active de progression.
Le message pratique
La choroïdite serpigineuse évolue souvent de façon discrète.
Contrairement à d’autres uvéites postérieures, on ne retrouve pas forcément une vitrite marquée, d’hémorragies ou des signes inflammatoires très visibles.
L’activité se situe à la périphérie des anciennes cicatrices.
C’est donc cette zone qu’il faut examiner attentivement.
Un bord jaunâtre mal limité, un épaississement focal en OCT ou une anomalie angiographique localisée peuvent être les signes d’une maladie toujours active qui mérite une prise en charge adaptée.
Ce qu’apporte la MUV Taskforce
Après avoir analysé 49 critères d’imagerie issus de cinq grandes formes d’uvéites postérieures non infectieuses :
- 21 critères ont été retenus comme signes d’activité ;
- 12 critères comme signes d’inactivité ;
- 16 critères restent pour l’instant considérés comme indéterminés.
Cette standardisation représente une avancée importante pour harmoniser la pratique clinique et les futurs essais thérapeutiques.
À retenir
On est en consultation devant une large zone d’atrophie péripapillaire. Au premier regard, tout fait penser à une ancienne cicatrice, à une simple DMLA atrophique. Pourtant, un détail attire l’attention : les contours paraissent irréguliers, comme si la lésion continuait lentement à s’étendre.
La question est alors double : s’agit-il vraiment d’une DMLA ou d’une cicatrice de choroïdite ? L’absence de drusen doit nous mettre la puce à l’oreille
Et
S’agit-Il d’une cicatrice inactive ou d’une maladie qui continue d’évoluer ?
C’est là que l’imagerie multimodale devient particulièrement utile. En examinant soigneusement les bords de la lésion, elle peut mettre en évidence une activité inflammatoire passée inaperçue à l’examen clinique.
« Et si ce n’était pas juste une simple atrophie ? »
Dans la choroïdite serpigineuse, l’inflammation active se cache souvent à la limite des anciennes cicatrices. Et c’est précisément à cet endroit que se joue une partie importante du pronostic visuel.
Grâce à l’imagerie multimodale, il est aujourd’hui possible de repérer cette activité avant qu’elle ne progresse silencieusement et ne crée de nouvelles zones d’atrophie irréversible.
Parce que la prise en charge diffère.
Retenez ceci : on examine attentivement les bords de la lésion, retinographie couleur, auto-fluorescence, OCT…. Au moindre doute, angiographie à la fluoresceine et ICG





