AAO 26 – J1 clinical trial update 1
Par le Dr Isabelle Aknin, présidente de l’ARMD
Charles Wykoff a présenté les résultats de DAYBREAK, consacré à deux traitements de Kodiak :
le tarcocimab et le tabirafusp-ted (KSI-501). Le message principal : prolonger l’effet du traitement tout en gardant un contrôle strict du liquide rétinien.
1. Faire durer la molécule dans l’œil
La plateforme ABC — antibody biopolymer conjugate associe un anticorps à un biopolymère transparent de haut poids moléculaire. Wykoff explique que cette approche prolonge la demi-vie oculaire, d’environ une semaine à 20 jours.
La formulation combine une fraction de protéine libre, pour agir rapidement, et une fraction conjuguée, pour maintenir l’effet plus longtemps.
2. DAYBREAK : espacer sans attendre une baisse de vision
L’étude compare séparément les deux traitements à l’aflibercept 2 mg toutes les 8 semaines.
Son originalité : une IA quantifie le liquide intrarétinien et sous-rétinien dans les 3 mm centraux pour guider les réinjections. L’objectif est d’assécher, puis de maintenir l’assèchement, sans attendre une augmentation importante de l’épaisseur centrale ou une perte d’acuité visuelle.
C’est un point essentiel pour interpréter la durabilité : les intervalles longs sont obtenus avec des critères de retraitement exigeants.
3. Tarcocimab : le résultat le plus marquant
Après 4 injections mensuelles initiales, le traitement est individualisé, avec des intervalles pouvant atteindre 24 semaines.
Les résultats rapportés par Wykoff sont les suivants :
Le critère principal de non-infériorité visuelle est atteint, avec un contrôle anatomique décrit comme comparable.
Surtout, 54 % des patients atteignent un intervalle de 24 semaines, soit environ six mois. Environ 30 % supplémentaires atteignent des intervalles de 12, 16 ou 20 semaines, selon la présentation.
Ce qui frappe : ce gain de durabilité s’accompagne d’une stratégie stricte de contrôle du liquide.
4. Tabirafusp : ajouter une cible inflammatoire
Le tabirafusp-ted associe inhibition du VEGF et de l’IL-6. Il cherche donc à agir sur la perméabilité vasculaire et sur une voie inflammatoire.
Dans DAYBREAK, il est administré après 4 doses mensuelles, puis toutes les 8 semaines, avec des injections supplémentaires si nécessaire.
Wykoff rapporte :
- un gain visuel de +6,3 lettres, contre +7,6 lettres avec l’aflibercept ;
- l’atteinte du critère de non-infériorité visuelle ;
- l’atteinte du critère anatomique secondaire portant sur l’épaisseur centrale.
La question reste ouverte : quels patients bénéficient réellement de l’ajout de l’anti-IL-6 ? Des analyses par sous-groupes sont prévues, et le développement se poursuit dans l’OMD avec l’étude ALTO, également mal retranscrite dans les captures.
5. Tolérance et perspectives
Dans les résultats présentés, aucune inflammation intraoculaire n’est rapportée avec le tarcocimab ; un cas est rapporté avec le tabirafusp. Ces observations à un an sont encourageantes, mais ne suffisent pas à exclure des événements rares.
Kodiak prévoit un dépôt réglementaire du tarcocimab fin 2026, fondé sur cinq études positives de phase III dans la DMLA néovasculaire, la rétinopathie diabétique et les occlusions veineuses. Ces molécules restent expérimentales.
À retenir :
Le tarcocimab pourrait permettre à une proportion importante de patients d’aller jusqu’à 6 mois entre deux injections, avec une efficacité visuelle comparable à l’aflibercept 2 mg.
Le tabirafusp ouvre une autre piste : traiter au-delà du VEGF. En revanche, cette étude ne permet pas de les comparer au faricimab ou à l’aflibercept 8 mg, qui n’étaient pas les comparateurs, et c’est dommage.





