EURETINA 2026 : les nouveaux traitements, ce que j'ai glané pour vous
Par le Dr Isabelle Aknin, présidente de l’ARMD
Vous savez comment ça se passe : on se croise entre deux sessions, un café à la main, et on se demande « alors, tu as vu quoi ? ». Eh bien, voilà.
1- LUGANO (EYP-1901) : le « oui, mais » du congrès
Je l'attendais, et le Dr Goldberg l'a présenté en salle. C'est un insert intravitréen de vorolanib, un inhibiteur de tyrosine kinase qui bloque le VEGF de l'intérieur de la cellule.
Il est injecté tous les 6 mois, et comparé à l'aflibercept 2 mg toutes les 8 semaines.
L'essai compte 432 patients, dont 75 % de naïfs, avec environ 65 lettres et 320 µm d’EMC au départ, et des groupes bien équilibrés.
- Critère principal :
la non-infériorité n'est pas démontrée en analyse complète, malgré un contrôle anatomique excellent (+4 µm seulement à la semaine 56).
- Le suspect : 9 patients du bras EYP-1901 ont perdu au moins 15 lettres pour une cause autre que la DMLA exsudative (6 atrophies géographiques, 2 glaucomes, 1 décollement de rétine).
Leur courbe plonge jusqu'à environ −28 lettres. Dans le bras Aflibercept, aucun cas de ce type, et un seul patient (0,5 %) a perdu 15 lettres, contre 3 à 6 % dans les études antérieures.
- Analyse post hoc sans ces 9 patients : +3,52 lettres contre +5,94, soit −2,42 (IC 95 % −4,16 à −0,67) pour une marge de −4,5. La non-infériorité est alors atteinte.
- Atrophie : pas de signal d'aggravation. À la semaine 56, 24 % de GA dans le bras EYP-1901 contre 29 % dans le bras aflibercept.
La croissance des lésions est de 1,7 mm² par an, contre 1,6 dans l'œil adelphe non traité, et sous la moyenne publiée de 2,0. Mais cela ne porte que sur 14 yeux, et ces lésions étaient plus proches de la fovéa au départ (825 contre 1 009 µm), avec une progression similaire ensuite.
- Charge de traitement :
3,1 injections annualisées contre 5,3, soit −42 % (p nominal, maximum théorique 60 %). Le bras EYP-1901 a reçu en moyenne 1,1 injection supplémentaire (0,3 pour l'aflibercept), et 79 % des patients en ont eu 0 ou 1.
- Sécurité : bonne
pas de corps flottants, pas de vascularite, pas d'inflammation sévère. Un décollement de rétine dans chaque bras, et deux endophtalmies (dont une stérile), guéries.
- La suite : les résultats de LUCIA, l'essai jumeau, sont attendus au 4ᵉ trimestre 2026.
Mon regard de « reporter » : exclure après coup, dans un seul bras, des patients repérés parce qu'ils ont perdu de la vision, c'est une analyse à lire avec prudence. On n’écrit pas un critère primaire avec une gomme.
Et je me demande pourquoi 6 de ces 9 patients ont « perdu de la vision par atrophie » si celle-ci ne progresse pas plus vite (?). LUCIA nous dira si le signal se confirme.
2- Les thérapies géniques dans la DMLA néovasculaire
C'est la course à « une injection et on n'en parle plus ».
- 4D-150 (intravitréen) :
à 2 ans, −78 % d'injections par rapport au schéma d'aflibercept normalement attendu (vous savez, la courbe théorique), et 46 % des patients sans aucune injection supplémentaire.
Chez les patients récemment diagnostiqués : −87 % et 66 % sans injection.
Les phases 3 (4FRONT-1 et 2) sont en cours. Le comparateur est toujours projeté, pas réel….
- Sura-vec (sous-rétinien) :
suivi à 5 ans, pas de nouveau signal de sécurité. Les changements pigmentaires périphériques sont très fréquents (70 %), sans impact sur l'acuité centrale. Les résultats des phases 3 sont attendus d'ici la fin de l'année.
- SAR402663 (intravitréen, leurre du VEGF) : bien toléré, inflammations gérées par collyres corticoïdes, réduction « significative » des injections…
3- Les maladies rares :
Bon c’est rare, mais vous pouvez tomber dessus !
- CNGA1 (rétinopathie pigmentaire) :
thérapie génique intravitréenne, 6 patients. Inflammation chez 4 d'entre eux, contrôlée par les corticoïdes. Un seul patient, à un stade précoce et à dose moyenne, a eu un vrai gain de fonction des bâtonnets (plus de 20 dB). Message clé : la fenêtre thérapeutique est précoce, et il faut de bons critères fonctionnels.
- TTX-381 (Batten CLN2) :
les 5 yeux pleinement traités sont stabilisés à 2 ans, alors que les yeux adelphes non traités continuent de dégénérer. Une cohorte pivot est lancée.
4- Atrophie géographique : on cherche de tous les côtés
- PRIMA (implant sous-rétinien) :
à 36 mois, 78 % des patients gagnent au moins 0,2 logMAR, soit environ 30 lettres en moyenne. Les événements indésirables graves surviennent surtout dans les 6 premiers mois. Mais l'effectif analysé passe de 32 à 18 patients, et le critère est le meilleur résultat visuel avec ou sans l’implant. NB: on en reparle à ARMD le 21-11-26
- PST-611 (transferrine, électrotransfection du muscle ciliaire) :
l'idée super originale est de corriger la surcharge en fer et la ferroptose. Sur 6 patients, bonne tolérance, et 5 sur 6 montrent un ralentissement de 30 à plus de 50 % de la croissance de l'atrophie. C'est tout petit (une dose, 16 semaines, pas de bras contrôle), mais c’est enthousiasmant.
- BAL-1901 (inhibiteur oral de NLRP3) :
−79 % de volume de lésion chez la souris…. C'est du préclinique sur 8 jours, présenté par un scientifique de BioAge Labs, salarié de la société. Bon j’ai faim !
Je ne sais pas tout, mais je sais qui sait : rendez-vous quand LUCIA tombera !




