SFO LIVE 2026 – Symposium Roche – Nouvelles perspectives dans le traitement de la rétine médicale
Focus sur le faricimab : de la physiopathologie à l’efficacité en vie réelle
Dr Joël Uzzan, Pr Marie-Noëlle Delyfer, Dr Prithvi Ramtohul
Compte rendu par Quentin Berthier, APHM (Marseille)
Inflammations post-injection et gestion du risque en pratique, Dr J. Uzzan
Le Dr Uzzan a présenté une mise au point pratique sur les inflammations intraoculaires observées après injection de faricimab, à partir des données de vraie vie et de l’expérience clinique française.
Avec plus d’un million de patients traités dans le monde et près de 13 millions d’injections réalisées, le profil de tolérance global du faricimab est confirmé comme favorable. Plus de 100 publications indépendantes regroupant plus de 35 000 patients sont disponibles ; les taux d’inflammation intraoculaire restent autour de 0,2 % par injection, avec des épisodes inflammatoires rares et le plus souvent réversibles, avec récupération de l’acuité visuelle.[1]
Des clusters inflammatoires en France
Plusieurs études françaises retrouvent des taux d’inflammation légèrement supérieurs aux données internationales. Le Dr Uzzan a souligné l’existence de clusters inflammatoires dans certains centres, alors que d’autres équipes, utilisant pourtant les mêmes produits et protocoles, ne rapportaient quasiment aucun cas. Cette hétérogénéité intra et intercentre a conduit à explorer le rôle des pratiques d’injection.
Microgouttelettes de silicone et immunogénicité
L’hypothèse avancée concerne les microgouttelettes de silicone issues des seringues et aiguilles utilisées pour les injections. Des travaux expérimentaux montrent que ces microparticules peuvent favoriser l’agrégation des immunoglobulines et modifier leur conformation spatiale, augmentant leur immunogénicité.[2] Le caractère plus visqueux du faricimab et de l’aflibercept 8 mg entraîne une présence plus fréquente de microbulles d’air, incitant les opérateurs à manipuler davantage les seringues. Des agitations répétées, notamment pour éliminer ces bulles, pourraient majorer la contamination silicone et le risque inflammatoire.[3]
Recommandations pratiques
Le Dr Uzzan a formulé plusieurs recommandations simples et immédiatement applicables : éviter de secouer ou tapoter les seringues, ne pas chercher à éliminer systématiquement les microbulles, surveiller attentivement l’espace mort de l’aiguille avant l’arrivée des premières bulles, et évacuer l’air lentement sans agitation excessive. Le développement futur de dispositifs sans silicone représente une piste prometteuse pour réduire encore le risque inflammatoire.
Durabilité, imagerie et données d’extension : l’apport du faricimab, Pr Marie-Noëlle Delyfer
Le Professeur Delyfer a proposé une synthèse des données récentes issues des études pivot TENAYA et LUCERNE[4], de leurs analyses post-hoc et de l’étude d’extension AVONELLE-X.[5]
Réponse précoce et durabilité
Une analyse post-hoc des études pivot a mis en évidence une résorption plus rapide du liquide intra et sous-rétinien sous faricimab comparativement à l’aflibercept 2 mg, dès la phase d’induction.[6] Cette réponse anatomique précoce apparaît prédictive d’une meilleure durabilité: les patients présentant une regression rapide des fluides avaient environ deux fois plus de chances d’atteindre des intervalles d’injection de 16 semaines à moyen terme. Les données à long terme de l’étude AVONELLE-X confirment le maintien de ces résultats jusqu’à quatre ans, avec plus de 80 % des patients conservant des intervalles supérieurs ou égaux à 12 semaines.
Impact sur les décollements de l’épithélium pigmentaire
Grâce à un logiciel d’intelligence artificielle permettant une quantification volumétrique automatisée des décollements de l’épithélium pigmentaire (DEP) dans les 3 mm centraux, les auteurs ont montré une réduction plus importante du volume des DEP sous faricimab par rapport à l’aflibercept 2 mg, particulièrement marquée chez les patients présentant les DEP les plus volumineux.[7]
Effet sur l’architecture néovasculaire et switch thérapeutique
Une étude d’imagerie OCT-A assistée par intelligence artificielle a analysé l’impact du faricimab sur l’architecture néovasculaire, montrant une réduction de la surface, du nombre de ramifications et de la longueur des vaisseaux pathologiques.[8] Ces modifications étaient plus prononcées chez les patients naïfs de traitement, mais restaient significatives chez les patients switchés. Chez des patients initialement traités par aflibercept avec persistance de liquide intra-rétinien, le switch vers le faricimab permettait une réduction volumétrique des lésions vasculaires atteignant près de 44 % à un an de suivi.
Fluides rétiniens, vasculopathie polypoïdale et personnalisation thérapeutique, Dr P. Ramtohul
La présentation du Dr Ramtohul a mis en question l’utilisation exclusive des biomarqueurs anatomiques comme critères d’efficacité, plaidant pour une intégration plus systématique des paramètres fonctionnels dans les décisions thérapeutiques.[9]
Au-delà de l’acuité visuelle : la micropérimétrie
À partir d’un cas clinique de patient porteur d’un néovaisseau de type 1 traité en Treat and Extend, l’analyse longitudinale de l’OCT associée à une micropérimétrie a illustré un point essentiel : une stabilité anatomique et une acuité visuelle conservée ne traduisent pas nécessairement une fonction maculaire optimale. La persistance d’une fine lame de liquide sous-rétinien s’accompagnait d’une diminution significative de la sensibilité rétinienne à la micropérimétrie, sans modification de l’acuité visuelle. Ce constat remet en question les protocoles de tolérance délibérée du liquide sous-rétinien.[10]
Stratification selon le type de néovaisseau
Il existe une nécessité d’adapter la tolérance aux fluides en fonction du type de lésion néovasculaire. Les néovaisseaux de type 2 doivent être traités de façon intensive en raison du risque de fibrose sous-rétinienne.[11] Les néovaisseaux de type 3 nécessitent une faible tolérance au fluide du fait du risque d’atrophie géographique.[12] Concernant les néovaisseaux de type 1, une certaine tolérance peut être discutée mais doit rester prudente, notamment dans les formes associées à une vasculopathie polypoïdale, où le risque hémorragique demeure majeur.[13]
Faricimab et vasculopathie polypoïdale : résultats de l’étude SALWEEN
L’étude multicentrique SALWEEN (phase IIIB/IV, 135 patients, protocole Treat and Extend après quatre injections mensuelles d’induction) a montré, à 48 semaines, un gain fonctionnel, une régression des polypes dans 61 % des cas, et une inactivation des lésions dans près de 86 % des cas. Plus des trois quarts des patients obtenaient un assèchement complet et plus de la moitié atteignaient des intervalles supérieurs à 20 semaines. Un cas clinique de vasculopathie polypoïdale hémorragique sévère illustrait de surcroît la rapidité d’action du faricimab sur les formes actives résistantes.
Conclusion
Ce symposium aura illustré la place croissante du faricimab dans la prise en charge de la DMLA néovasculaire et des formes complexes de néovascularisation rétinienne.
La double inhibition VEGF-A/Ang-2 se distingue par la rapidité d’assèchement rétinien, une durabilité confirmée, un impact sur les DEP et l’architecture néovasculaire, ainsi qu’une efficacité démontrée dans la vasculopathie polypoïdale.
La personnalisation thérapeutique, intégrant les paramètres fonctionnels au-delà de l’OCT, reste un enjeu central.
Enfin, la vigilance pratique autour des manipulations de seringues constitue un levier simple pour limiter le risque inflammatoire rare mais préoccupant.
[1] Wong TY, Haskova Z, Asik K, Baumal CR, Csaky KG, Eter N, et al. Faricimab Treat-and-Extend for Diabetic Macular Edema: Two-Year Results from the Randomized Phase 3 YOSEMITE and RHINE Trials. Ophthalmology 2024;131:708–23. https://doi.org/10.1016/j.ophtha.2023.12.026.
[2] Krayukhina E, Yokoyama M, Hayashihara KK, Maruno T, Noda M, Watanabe H, et al. An Assessment of the Ability of Submicron- and Micron-Size Silicone Oil Droplets in Dropped Prefillable Syringes to Invoke Early- and Late-Stage Immune Responses. J Pharm Sci 2019;108:2278–87. https://doi.org/10.1016/j.xphs.2019.02.002.
[3] Melo GB, Cruz NFS da, Emerson GG, Rezende FA, Meyer CH, Uchiyama S, et al. Critical analysis of techniques and materials used in devices, syringes, and needles used for intravitreal injections. Prog Retin Eye Res 2021;80:100862. https://doi.org/10.1016/j.preteyeres.2020.100862.
[4] Cheung CMG, Lim JI, Priglinger S, Querques G, Margaron P, Patel S, et al. Anatomic Outcomes with Faricimab vs Aflibercept in Head-to-Head Dosing Phase of the TENAYA/LUCERNE Trials in Neovascular Age-related Macular Degeneration. Ophthalmology 2025;132:519–26. https://doi.org/10.1016/j.ophtha.2024.11.023.
[5] Hoffmann-La Roche. A Multicenter, Open-Label Extension Study to Evaluate the Long-Term Safety and Tolerability of Faricimab in Patients With Neovascular Age-Related Macular Degeneration (AVONELLE-X). clinicaltrials.gov; 2025.
[6] Pitcher JD, Koh AHC, Tan CS, Vakharia P, Dagincourt N, Patel S, et al. Rapid Fluid Resolution and Durability With Faricimab in Neovascular Age-Related Macular Degeneration. JAMA Ophthalmol 2026;144:269–72. https://doi.org/10.1001/jamaophthalmol.2025.6365.
[7] Khanani AM, Kotecha A, Chang A, Chen S-J, Chen Y, Guymer R, et al. TENAYA and LUCERNE: Two-Year Results from the Phase 3 Neovascular Age-Related Macular Degeneration Trials of Faricimab with Treat-and-Extend Dosing in Year 2. Ophthalmology 2024;131:914–26. https://doi.org/10.1016/j.ophtha.2024.02.014.
[8] Carlà MM, Scampoli A, Grieco G, Governatori L, Catalani R, Rizzo S, et al. MORPHOMETRIC CHANGES IN MACULAR NEOVASCULARIZATION ARCHITECTURE AFTER FARICIMAB TREATMENT IN NEOVASCULAR AGE-RELATED MACULAR DEGENERATION: Comparison Between Naive and Switched Eyes. Retina 2026;46:125–35. https://doi.org/10.1097/IAE.0000000000004635.
[9] Spaide RF. Dry Retina Is Not Enough: Re-centering Visual Acuity in Anti-VEGF Therapy for Neovascular AMD. Retina 2026. https://doi.org/10.1097/IAE.0000000000004841.
[10] Guymer RH, Markey CM, McAllister IL, Gillies MC, Hunyor AP, Arnold JJ, et al. Tolerating Subretinal Fluid in Neovascular Age-Related Macular Degeneration Treated with Ranibizumab Using a Treat-and-Extend Regimen: FLUID Study 24-Month Results. Ophthalmology 2019;126:723–34. https://doi.org/10.1016/j.ophtha.2018.11.025.
[11] Daniel E, Pan W, Ying G-S, Kim BJ, Grunwald JE, Ferris FL, et al. Development and Course of Scars in the Comparison of Age-Related Macular Degeneration Treatments Trials. Ophthalmology 2018;125:1037–46. https://doi.org/10.1016/j.ophtha.2018.01.004.
[12] Grunwald JE, Pistilli M, Daniel E, Ying G-S, Pan W, Jaffe GJ, et al. Incidence and Growth of Geographic Atrophy during 5 Years of Comparison of Age-Related Macular Degeneration Treatments Trials. Ophthalmology 2017;124:97–104. https://doi.org/10.1016/j.ophtha.2016.09.012.
[13] Cheung CMG, Lai TYY, Teo K, Ruamviboonsuk P, Chen S-J, Kim JE, et al. Polypoidal Choroidal Vasculopathy: Consensus Nomenclature and Non-Indocyanine Green Angiograph Diagnostic Criteria from the Asia-Pacific Ocular Imaging Society PCV Workgroup. Ophthalmology 2021;128:443–52. https://doi.org/10.1016/j.ophtha.2020.08.006.





