SFO 2026 LIVE – Trous lamellaires : les plaquettes autologues au service d’une chirurgie « no touch »
Présentation par le Pr Carl Arndt, Reims
Résumé par le Dr Aliénor Vienne-Jumeau, Dr Aliénor Vienne-Jumeau, MD, PhD, Ophthalmologist at Quinze-Vingts Hospital, Paris ; Clinical Investigation Centre 1423 DGOS-INSERM Quinze-Vingts Hospital ; Centre Borelli, UMR 9010
SFO 2026. Devant un trou lamellaire, faut-il peler, tracter, manipuler une fovéa déjà fragilisée ? Le Pr Carl Arndt a présenté une approche plus biologique que mécanique : la chirurgie « no touch » associée aux plaquettes autologues. L’objectif est simple : favoriser le comblement et la cicatrisation du défect fovéal sans agresser directement la macula.
La première étape reste diagnostique. Tous les aspects cavitaires de la fovéa ne correspondent pas à un véritable trou lamellaire. L’OCT permet de distinguer les vrais trous lamellaires, caractérisés par une perte de tissu fovéal et des berges irrégulières, des fovéoschisis tractionnels liés à une membrane épirétinienne contractile. Cette distinction est essentielle, car elle conditionne l’indication opératoire.
Le raisonnement chirurgical doit ensuite être individualisé. Certains trous lamellaires restent longtemps stables et peuvent être simplement surveillés. D’autres s’accompagnent d’une baisse visuelle, de métamorphopsies ou d’une dégradation progressive de l’architecture fovéolaire. Dans ces situations, une intervention peut être discutée, mais la question du geste à réaliser reste centrale.
La technique « no touch » repose sur une idée forte : éviter toute manipulation directe des berges fovéolaires. Plutôt que de chercher à mobiliser mécaniquement une fovéa amincie, le chirurgien applique un concentré plaquettaire autologue au contact de la lésion. Les plaquettes, obtenues après prélèvement sanguin et centrifugation, apportent un support biologique riche en facteurs de croissance, susceptible de favoriser une cicatrisation progressive du défect.
Cette approche s’appuie sur deux travaux récents. Hagenau et al. ont rapporté, dans une série de 19 yeux avec trou lamellaire progressif, une restauration anatomique fovéolaire dans tous les cas après vitrectomie associée à un concentré plaquettaire autologue, avec amélioration significative de l’acuité visuelle ; deux récidives étaient observées chez des patients n’ayant pas eu de pelage de la limitante interne.1 Ricardi et al. ont ensuite décrit la technique « no-retina-touch », associant vitrectomie et PRP sans manipulation directe de la fovéa, avec fermeture complète du trou lamellaire dans 7 yeux sur 8 à 12 mois.2
Cette stratégie modifie la philosophie de la chirurgie maculaire. Le but n’est plus seulement de fermer une anomalie anatomique, mais de créer les conditions d’une réparation tissulaire en minimisant le traumatisme chirurgical. Le pelage, lorsqu’il est nécessaire, doit donc être raisonné, limité et adapté au profil OCT : importance de la traction, présence d’une membrane épirétinienne, fragilité fovéolaire, état de la zone ellipsoïde et potentiel fonctionnel.

Figure. Chirurgie « no touch » d’un trou lamellaire avec application de concentré plaquettaire autologue. L’évolution initiale montre un comblement du défect fovéal en OCT, associé à une amélioration anatomique et fonctionnelle. Une récidive est toutefois observée à M12, nécessitant une reprise chirurgicale avec pelage et nouvelle application de concentré plaquettaire autologue.
Le cas présenté illustre à la fois l’intérêt et les limites de cette approche. Après une première chirurgie « no touch », le comblement initial du trou confirme le potentiel des plaquettes autologues comme adjuvant biologique. Mais la récidive à 12 mois rappelle que cette technique ne doit pas être considérée comme une solution définitive dans tous les cas. Chez certains patients, un geste mécanique secondaire, notamment un pelage, reste nécessaire.
Au total, les plaquettes autologues ouvrent une voie intéressante dans la prise en charge des trous lamellaires sélectionnés. Elles permettent d’envisager une chirurgie moins traumatique, plus respectueuse de la fovéa, et toujours guidée par l’OCT.
À retenir
La chirurgie « no touch » avec plaquettes autologues n’est pas une simple abstention chirurgicale. C’est une approche ciblée, biologique, qui cherche à réparer la fovéa sans la traumatiser — tout en gardant à l’esprit qu’une récidive peut imposer secondairement un pelage associé à un nouveau concentré plaquettaire.
1. Hagenau F, Osterode EV, Klaas JE, et al. Long-Term Results of Adjunct Autologous Platelet-Rich Plasma in Lamellar Macular Hole Surgery Showing Lasting Restoration of Foveal Anatomy. Int J Mol Sci. 2023;24(5):4589. doi:10.3390/ijms24054589
2. Ricardi F, Gelormini F, Parisi G, et al. The no-retina-touch technique: vitrectomy and platelet-rich plasma in the treatment of lamellar macular hole. New insights into pathogenesis. Eye. 2025;39(2):300-306. doi:10.1038/s41433-024-03414-5





