ASRS LIVE – Uvéites et inflammations rétiniennes : des traitements de plus en plus ciblés
Les sessions consacrées aux maladies inflammatoires de la rétine lors de l’ASRS 2026 ont délivré plusieurs messages :
- L’immunosuppression confirme son intérêt dans certaines maladies rares
- La voie suprachoroïdienne poursuit son développement. Plusieurs études apportent des données rassurantes sur la prise en charge de complications parfois redoutées.
Petit tour d’horizon.
Par le Dr Isabelle Aknin, présidente de l’ARMD
La rétinopathie auto-immune : traiter tôt pour préserver la rétine
Majda Hadziahmetovic (Duke Eye Center)
La rétinopathie auto-immune (AIR) est une maladie rare dans laquelle le système immunitaire s’attaque aux photorécepteurs. Les patients consultent souvent pour une baisse progressive de vision, des photopsies, une gêne nocturne ou un rétrécissement du champ visuel, alors que le fond d’œil peut être encore peu évocateur. L’OCT, l’ERG et parfois la recherche d’anticorps anti-rétine contribuent au diagnostic.
À partir d’une revue systématique et d’une méta-analyse, Majda Hadziahmetovic montre que les traitements immunosuppresseurs, qu’ils soient systémiques, locaux ou biologiques, ralentissent significativement la dégradation fonctionnelle et anatomique de la rétine.
Les traitements locaux semblent particulièrement efficaces pour préserver la structure rétinienne, tandis que les biothérapies apportent un bénéfice à la fois morphologique et fonctionnel.
À retenir : même si des études prospectives restent nécessaires, cette analyse confirme que l’AIR est probablement une maladie dont l’évolution peut être modifiée lorsqu’elle est traitée suffisamment tôt.
Triamcinolone suprachoroïdienne : une nouvelle voie qui confirme son intérêt
Sunir Garg (Wills Eye Hospital) ; Glenn Yiu (UC Davis)
Deux communications étaient consacrées à l’injection de triamcinolone dans l’espace suprachoroïdien, une technique qui permet d’administrer le corticoïde au plus près de la choroïde et de la rétine, tout en limitant sa diffusion vers le segment antérieur.
Chez plus de 640 yeux atteints d’œdème maculaire cystoïde chronique, Sunir Garg montre qu’une seule injection procure en moyenne plus de quatre mois d’efficacité, et deux injections permettent un contrôle dépassant huit mois. Les élévations importantes de pression intraoculaire restent peu fréquentes et concernent surtout des patients glaucomateux.
Glenn Yiu s’est intéressé au devenir du médicament après son injection. Grâce à une imagerie OCT multimodale, son équipe montre que l’espace suprachoroïdien s’ouvre rapidement après l’injection, permettant une diffusion circonférentielle du traitement. Plus cette expansion est importante, meilleure semble être la réduction ultérieure de l’œdème maculaire.
À retenir : la voie suprachoroïdienne apparaît comme une option durable, bien tolérée, et dont l’imagerie permet désormais de mieux comprendre le mécanisme d’action.
VKH : un bon pronostic chez l’enfant… si l’inflammation est rapidement contrôlée
Sulaiman Al Sulaiman (King Khaled Eye Specialist Hospital)
La maladie de Vogt-Koyanagi-Harada (VKH) est une uvéite auto-immune bilatérale dirigée contre les mélanocytes. Elle se manifeste souvent par une baisse visuelle brutale associée à des décollements séreux rétiniens visibles à l’OCT. Des céphalées, des troubles auditifs, un vitiligo ou une poliose peuvent accompagner l’atteinte oculaire.
Dans cette série de 69 enfants suivis pendant plus de six ans, la majorité récupère une bonne vision grâce au traitement. En revanche, les formes chroniques récidivantes développent plus souvent cataracte, glaucome et néovaisseaux choroïdiens.
À retenir : un diagnostic précoce et un traitement immunosuppresseur agressif restent les meilleurs garants du pronostic visuel.
Œdème maculaire après rétinite infectieuse : les corticoïdes peuvent être utilisés
Sruthi Arepalli (Emory Eye Center)
Les rétinites infectieuses (CMV, herpès, zona, toxoplasmose ou syphilis) peuvent laisser persister un œdème maculaire cystoïde après la guérison de l’infection. Beaucoup d’ophtalmologistes hésitent alors à utiliser des corticoïdes par crainte d’une réactivation.
Cette étude est rassurante : plus de 75 % des œdèmes ont disparu sous traitement, essentiellement grâce aux corticoïdes locaux, sans aucun cas de réactivation de l’infection au cours du suivi.
À retenir : lorsque l’infection est correctement contrôlée, les corticoïdes gardent toute leur place pour traiter l’inflammation résiduelle.
Les anti-VEGF restent sûrs chez les patients atteints d’uvéite
Mitchell Allphin (Tennessee Retina)
Les grands essais sur les anti-VEGF excluaient souvent les patients présentant une uvéite. Cette étude analyse près de 46 000 injections réalisées chez ces patients.
Le taux d’endophtalmie reste extrêmement faible et n’est pas augmenté par les traitements immunosuppresseurs. Seul le faricimab semble associé à un risque légèrement supérieur d’inflammation stérile.
Les auteurs montrent également qu’un bon contrôle de l’inflammation diminue le nombre d’injections nécessaires chez certaines choroïdites inflammatoires, notamment la choroïdite multifocale (MFC) et la punctate inner choroidopathy (PIC), deux maladies inflammatoires du pôle postérieur responsables de néovaisseaux choroïdiens chez des patients souvent jeunes et myopes.
À retenir : les anti-VEGF peuvent être utilisés en toute sécurité dans la plupart des uvéites, à condition que l’inflammation soit correctement prise en charge.
Syphilis oculaire : penser au diagnostic
Mark Breazzano (University of Rochester)
La syphilis est souvent qualifiée de « grande imitatrice » car elle peut reproduire pratiquement tous les tableaux d’uvéite. Son diagnostic repose avant tout sur la sérologie.
Pendant longtemps, une ponction lombaire était presque systématiquement réalisée chez les patients présentant une syphilis oculaire, celle-ci étant assimilée à une forme de neurosyphilis.
Or, les recommandations américaines du CDC ont évolué en 2024 : chez un patient présentant une syphilis oculaire isolée, sans signe neurologique associé, la ponction lombaire n’est plus recommandée de façon systématique.
Cette étude montre que les pratiques concernant la ponction lombaire restent très variables selon les régions américaines malgré les nouvelles recommandations du CDC de 2024, qui limitent désormais son indication chez les patients présentant une syphilis oculaire isolée.
Un rappel important pour la chirurgie de la cataracte
Makoto Inoue (Kyorin University)
Enfin, une série de six endophtalmies fongiques a été rapportée après utilisation d’une solution de bleu trypan contaminée utilisée hors indication lors de chirurgies de la cataracte.
Une communication qui rappelle que la sécurité des produits utilisés au bloc opératoire reste essentielle, même pour des gestes considérés comme routiniers.
Conclusion
Ces communications de l’ASRS montrent combien la prise en charge des maladies inflammatoires rétiniennes évolue rapidement. Les traitements immunosuppresseurs s’affirment comme de véritables traitements modificateurs de certaines maladies, la voie suprachoroïdienne ouvre de nouvelles perspectives pour l’administration ciblée des corticoïdes, et plusieurs études rassurent sur l’utilisation des anti-VEGF ou des corticoïdes dans des situations autrefois considérées comme délicates.
Pour les rétinologues, le message est clair : mieux comprendre les mécanismes de l’inflammation permet aujourd’hui de proposer des traitements plus ciblés, plus durables et, surtout, plus sûrs pour préserver la vision de patients souvent jeunes et atteints de maladies rares.





