IVT : stop ou encore ? L’étude qui remet les idées en place
Des patients traités pour DMLA (par injections anti-VEGF) qui, à un moment donné, cessent de venir aux rendez-vous pendant 6 à 12 mois (pour diverses raisons — oubli, lassitude, contraintes logistiques…), puis reviennent. Les chercheurs ont regardé : qu’est-ce que ça leur a coûté en vision ?
Par le Dr Isabelle Aknin, présidente de l’ARMD
Résultats principaux : impact visuel
- Perte moyenne de -4,9 lettres immédiatement après une interruption de traitement de 6-12 mois (IC95% -6,0 à -3,7 ; p<0,001)
- Pas de récupération significative dans les 9 mois suivants (AV reste stable, mais pas de rattrapage)
- Qui perd le plus ?
- Ceux dont la maladie était encore active: -3,9 lettres en moyenne. Au moment où ils sont partis → ils perdent plus (mais peuvent un peu récupérer si on les retraite)
- Ceux qui n’avaient pas encore d’atrophie maculaire, paradoxalement, eux perdent plus : – 5,5 lettres sans atrophie versus – 2,1 lettres avec atrophie . (Les patients déjà très atteints ont moins à perdre, « effet plancher »)
- Analyse dynamique selon l’activité du CNV début/fin de l’interruption :
- Active→Active : c’est le pire scénario : -9,0 lettres
- Inactive→Inactive : ceux qui déclinent le moins -2,4 lettres
- Inactive → Active: récupération partielle possible en cas de reprise du traitement
Qui a le plus de risque de décrocher ?
- Ceux qui vont plutôt bien (meilleure vision) → ils lâchent le suivi plus facilement, sans doute parce qu’ils ne ressentent pas l’urgence
- Ceux dont l’intervalle entre les injections était déjà long (ils oublient)
- Ceux qui ont un DSR persistant
À 6,5 ans de traitement, 1 patient sur 4 aura vécu une telle interruption de suivi. Après 7,5 années de traitement, 50% des yeux vont connaître une interruption (quelle qu’en soit la durée)
Points de discussion
- Beaucoup d’arrêts de traitement sont survenus pendant le COVID (2020-2021), mais le phénomène persiste hors pandémie → problème structurel de suivi, pas seulement conjoncturel
- Message clé pour l’éducation thérapeutique : les patients qui répondent bien au traitement sont ceux qui risquent le plus de décrocher (moins de « sentiment d’urgence »)
- Avec l’arrivée de thérapies à durée d’action prolongée, il existe un risque paradoxal de relâchement de la vigilance du suivi. Il faut continuer à motiver les patients
Limites de l’étude
- La raisons des interruptions n’est pas documentée (planifiées vs subies)
- Pas de groupe contrôle → causalité non formellement établie
- Comorbidités systémiques et facteurs sociaux non captés par le registre
Take-home message
Un simple relâchement du suivi de quelques mois peut faire perdre de la vision de façon irréversible, même chez des patients qui semblaient bien contrôlés. D’où l’importance de l’éducation thérapeutique et de maintenir l’adhésion, même quand « ça va bien ».
Référence
Résumé — Outcomes in Neovascular Age-Related Macular Degeneration with Visit. Gaps under Anti-VEGF Therapy in Daily Practice. Data from the Fight Retinal Blindness! Registry
Laura Goncalves, MD, 1 Yohei Hashimoto, MD, PhD, 2 Daniel Barthelmes, MD, PhD, 3 Richard Barry, MD(Ophthalmology Retina, 2026)





