ASRS LIVE – Imagerie rétinienne : trois études qui montrent où va l’ophtalmologie
Par le Dr Isabelle Aknin, présidente de l’ARMD
Déchirures rétiniennes : quatre regards valent mieux qu’un
Kevin Blinder (États-Unis)
Une étude simple mais très pratique.
Les auteurs se sont demandé si une image ultra-grand champ (Optos) pouvait remplacer l’examen au verre à trois miroirs ou à l’ophtalmoscopie indirecte avec indentation sclérale pour rechercher une déchirure périphérique.
Le résultat est intéressant :
- avec une seule photo en regard primaire, la sensibilité est de 81 % ;
- en demandant simplement au patient de regarder en haut, en bas, à droite et à gauche, la sensibilité monte à 96 %.
Pourquoi ?
Parce que les paupières et les cils masquent souvent la périphérie rétinienne. Les quatre regards permettent d’exposer des zones invisibles sur une prise de vue classique.
À retenir
- Les clichés dirigés améliorent nettement les performances diagnostiques de l’imagerie ultra-grand champ.
- En revanche, ils ne remplacent toujours pas un examen périphérique complet avec indentation sclérale lorsqu’une déchirure est suspectée.
Une amélioration très simple de la pratique quotidienne, notamment pour les cabinets adressant des patients à des rétinologues.
L’optorétinographie (ORG) : voir fonctionner les photorécepteurs avant qu’ils ne soient détruits
Kareem Moussa (UC Davis)
C’est probablement l’une des techniques d’imagerie les plus prometteuses actuellement… mais aussi l’une des moins intuitives.
Le problème aujourd’hui
Nos examens montrent principalement la structure.
- L’OCT montre l’anatomie.
- L’OCTA montre les vaisseaux.
- L’ERG mesure la fonction… mais de toute la rétine ou de larges régions.
Il manque donc un examen capable de mesurer la fonction locale des photorécepteurs, quasiment cellule par cellule.
Que fait l’ORG ?
Lorsque la lumière atteint un photorécepteur, celui-ci ne produit pas seulement un signal électrique.
Son segment externe change très légèrement de longueur, de quelques nanomètres seulement (un millionième de millimètre).
Grâce à un OCT extrêmement sensible, l’optorétinographie (ORG) mesure ce minuscule mouvement.
Autrement dit, elle ne regarde plus seulement à quoi ressemble le photorécepteur, mais s’il fonctionne réellement.
C’est un peu l’équivalent de voir une ampoule (OCT) ou de vérifier qu’elle s’allume (ORG).
Les résultats
Dans cette petite étude pilote :
- les patients diabétiques présentaient déjà une diminution de la réponse ORG alors que leur OCT était parfaitement normal
- chez un patient présentant une carence en vitamine A, l’ORG était anormale avant traitement puis redevenait normale après supplémentation ;
- chez les patients atteints d’uvéite, les anomalies ORG correspondaient aux zones où les photorécepteurs étaient lésés.
L’ORG pourrait devenir le premier examen permettant de détecter un dysfonctionnement des photorécepteurs avant même que les lésions anatomiques apparaissent sur l’OCT.
À terme, cette technique pourrait permettre :
- un diagnostic beaucoup plus précoce ;
- un meilleur suivi des traitements ;
- l’évaluation des thérapies géniques ou des nouveaux médicaments neuroprotecteurs.
On ne s’emballe pas, pour l’instant, il s’agit encore d’une technique de recherche, mais son potentiel est considérable.
OCTA + optique adaptative : quand on observe la circulation au niveau cellulaire
Richard Rosen (New York)
Michel Pâques nous en parlait début juin:
L’OCTA montre aujourd’hui parfaitement les réseaux vasculaires.
Mais Richard Rosen propose d’aller encore plus loin en associant l’OCTA à une imagerie en optique adaptative dynamique (AOSLO).
L’idée est simple :
- l’OCTA localise les anomalies vasculaires ;
- l’AOSLO permet ensuite de les observer quasiment cellule par cellule.
Les chercheurs visualisent ainsi :
- les microanévrismes ;
- les néovaisseaux ;
- les variations du flux sanguin ;
- mais aussi le déplacement des globules rouges et des leucocytes dans les capillaires.
On voit même certains phénomènes inflammatoires comme l’adhérence ou le ralentissement des leucocytes.
Cette combinaison d’imagerie pourrait permettre demain d’identifier de nouveaux biomarqueurs très précoces de l’activité des maladies rétiniennes, qu’elles soient diabétiques, inflammatoires ou vasculaires.
Conclusion
Ces trois communications illustrent une évolution commune de l’imagerie rétinienne :
- mieux voir la périphérie avec des acquisitions plus intelligentes ;
- ne plus se limiter à l’anatomie mais mesurer directement la fonction des photorécepteurs ;
- descendre jusqu’au niveau cellulaire pour comprendre les mécanismes des maladies.
L’imagerie rétinienne ne se contente plus de montrer les lésions : elle commence à révéler les premiers signes du dysfonctionnement, parfois avant même qu’ils ne deviennent visibles sur l’OCT. C’est probablement l’une des grandes évolutions des prochaines années.





