ARVO 2026 LIVE – Uvéites et œdème maculaire inflammatoire
À l’ARVO, le traitement des uvéites est surtout abordé à travers l’œdème maculaire inflammatoire réfractaire et la balance entre :
- anti-VEGF / anti-Ang-2 comme traitements complémentaires,
- implants corticoïdes prolongés,
- risque d’hypertonie oculaire,
- personnalisation par biomarqueurs de l’humeur aqueuse.
On commence à penser que l’œdème maculaire uvéitique n’est pas seulement inflammatoire ; il est aussi vasculaire, cytokinique, parfois VEGF-dépendant.
Résumé de 5 journées, par le Dr Isabelle Aknin, présidente de l’ARMD, en direct de Denver.
1. Biomarqueurs de l’humeur aqueuse dans l’OMC uvéitique réfractaire
Aflibercept et cytokines dans l’OLC uvéitique
Lina Chen — Poster 7 mai, 11h45 — Abstract 5851-0915
Étude portant sur 7 patients atteints d’œdème maculaire cystoïde uvéitique récurrent, traités par aflibercept intravitréen. Les auteurs comparent 38 échantillons d’humeur aqueuse à des témoins opérés de cataracte.
Les patients avec OMC uvéitique présentent une élévation nette de MCP-1, G-CSF, IL-8, IL-15 et IL-6.
À la récidive, le VEGF-A tend à augmenter par rapport à l’inclusion.
L’OMC uvéitique réfractaire a une signature cytokinique complexe, mêlant inflammation, chimiotactisme et composante VEGF. Les biomarqueurs pourraient aider à choisir entre anti-VEGF, corticoïdes ou immunomodulation.
2. Faricimab dans l’OMC inflammatoire réfractaire
Faricimab for refractory inflammatory cystoid macular edema
Parvin Aghayeva — Poster 4 mai, 11h15 — Abstract 1588-0249
Série rétrospective de 10 yeux avec OMC inflammatoire non infectieux réfractaire. La plupart avaient déjà reçu plusieurs traitements : immunosuppresseurs, corticoïdes, anti-inflammatoires, parfois anti-VEGF.
Après faricimab, tous les yeux montrent une réduction de l’ERC, avec une baisse moyenne de 80 µm. Six yeux sur dix ont une amélioration anatomique ≥50 µm. La vision reste globalement stable, sans amélioration majeure, probablement limitée par des lésions chroniques. Aucun événement indésirable limitant n’est observé.
Le faricimab pourrait avoir une place dans certains OMC uvéitiques réfractaires, surtout lorsque l’instabilité vasculaire contribue à l’œdème.
Attention : ces données sont encore très préliminaires.
3. Sécurité des injections : endophtalmie, faricimab et aflibercept haute dose
Endophtalmie en pratique rétinienne en big data
Connor Phillips — Online / à la demande — Abstract OD282
Étude rétrospective 2020–2024. Parmi 151 933 injections, 73 cas internes d’endophtalmie liée à IVI sont identifiés, soit 0,048 %.
Pour faricimab : 0,056 % d’endophtalmie, 11 cas sur 19 743 injections.
Pour aflibercept haute dose : 0 %, 0 cas sur 2980 injections.
Point important : environ 1 cas sur 6 suspect d’endophtalmie correspond finalement à une inflammation stérile non infectieuse.
Le diagnostic différentiel entre endophtalmie et inflammation stérile reste crucial, surtout avec les nouvelles molécules intravitréennes.
4. Implant fluocinolone 0,18 mg : hypertonie oculaire en vraie vie
Yutiq et hypertonie oculaire
Isabella Gomes — Poster 4 mai, 11h15 — Abstract 1562-0223
Implant de fluocinolone 0,18 mg (Yutiq) : hypertension oculaire en vraie vie dans l’uvéite
Isabella Gomes et al.
Poster — Abstract 1562 – 0223 choisir le résumé
Sur 275 yeux traités par implant de fluocinolone 0,18 mg pour uvéite non infectieuse postérieure,
La PIO moyenne initiale est de 14,38 mmHg.
Le taux global d’hypertonie oculaire après implant est de 10,5 % (29 yeux) avec un suivi moyen de 20 mois.
- Une PIO >30 mmHg survient dans 4,73 % des yeux
- Une augmentation ≥10 mmHg apparaît dans 6,9 % des yeux
La majorité des cas est contrôlée médicalement (45 % des patients concernés), mais 4 yeux (13,8 %) nécessitent une chirurgie du glaucome.
Deux signaux forts émergent :
- un risque X 5 chez les patients déjà sous traitement hypotenseur
- un effet protecteur inattendu des injections corticoïdes additionnelles (?)
L’implant de fluocinolone confirme un profil de sécurité tensionnelle globalement favorable dans l’uvéite, mais impose une surveillance personnalisée, particulièrement chez les patients à risque glaucomateux.
Le principal facteur de risque est l’usage antérieur de traitements hypotonisants, multipliant presque par 5 le risque d’HTO.
Le profil tensionnel de Yutiq paraît acceptable, mais il faut surveiller de près les patients glaucomateux ou déjà sous hypotonisants.
5. FAi versus dexaméthasone : élévation progressive de PIO
Corticosteroid implants and IOP in uveitis
Abhiram Reddy Manda — Poster 4 mai, 15h00 — Abstract 2340-0772
Étude rétrospective comparative sur 160 yeux : 111 implants fluocinolone, 49 implants dexaméthasone. L’objectif est de comparer l’évolution de PIO à 1 an.
Après ajustement, la fluocinolone est associée à une élévation de PIO plus importante que la dexaméthasone, de l’ordre de 2 à 3 mmHg, notamment à 3 et 12 mois. Chez les patients à haut risque — glaucome ou hypertonie préalable — l’augmentation est plus marquée à 3 mois.
Donc attention à la fluocinolone chez les patients déjà à risque.
6. Implant dexaméthasone : effet plus court après vitrectomie
Durée d’efficacité DEX implant selon vitrectomie
Verena Schöneberger — Poster jeudi 14h00 — Abstract 6137-0963
On s’en doutait deja, c’est confirmé :
Analyse de 78 yeux, 524 implants dexaméthasone, dans des uvéite ou des œdèmes maculaires inflammatoires postopératoires. L’intervalle entre réinjections est utilisé comme critère de durée d’efficacité.
Les yeux vitrectomisés ont des intervalles plus courts : 20 semaines versus 24 semaines chez les non vitrectomisés. Chez les patients bilatéraux avec un œil vitrectomisé, la même tendance est observée. Après vitrectomie, l’intervalle médian chute de 29 à 18 semaines.
La vitrectomie raccourcit probablement la durée d’efficacité de l’implant dexaméthasone. Les implants plus prolongés, type fluocinolone, pourraient être particulièrement utiles dans ces yeux.
Les 5 idées « Uvéite » de l’ARVO 2026
1. L’OMC uvéitique a une “empreinte” biologique: tous les œdèmes ne se ressemblent pas
IL-6, MCP-1, IL-8, IL-15, G-CSF : l’humeur aqueuse parle.
2. Faricimab arrive comme option de secours
Le faricimab a réduit l’épaisseur maculaire chez la plupart des yeux de cette petite série d’OMC. Mais la vision ne récupère pas toujours : sécher la rétine n’efface pas les années d’inflammation.
3. Aflibercept et anti-VEGF : pas absurdes dans l’uvéite
L’étude sur l’aflibercept montre que le VEGF-A peut remonter lors des récidives.
L’inflammation ouvre la porte ; le VEGF entretient parfois l’œdème.
4. Les implants corticoïdes restent puissants, mais la PIO décide
Fluocinolone : durable, efficace, mais attention aux patients déjà glaucomateux ou sous hypotonisants.
Dexaméthasone : plus transitoire, mais effet raccourci chez les vitrectomisés.
5. Le diagnostic endophtalmie versus inflammation stérile reste un piège
après IVT, tout œil rouge n’est pas une infection — mais toute infection ratée peut coûter la vision.





