Quand la syphilis se fait passer pour un MEWDS
Il y a des diagnostics auxquels on pense immédiatement. Et puis il y a ceux auxquels on ne pense jamais… jusqu’au jour où ils se présentent dans notre cabinet. La syphilis oculaire fait partie de cette deuxième catégorie.
Dans un article récemment publié, Harrell et collaborateurs rapportent l’histoire d’une patiente de 35 ans dont les symptômes ont précédé de plusieurs mois l’apparition des signes classiques d’une choriorétinite syphilitique placoïde postérieure aiguë (ASPPC).
Une histoire qui commence par des symptômes peu spécifiques
La patiente décrit des troubles visuels fluctuants :
- épisodes de vision floue ;
- photopsies intermittentes ;
- symptômes évoluant depuis plusieurs mois.
L’examen initial est peu contributif. Le fond d’œil est rassurant. L’OCT ne montre pas d’anomalie évidente.
Au fil des consultations apparaissent cependant de discrètes lésions rétiniennes blanchâtres transitoires évoquant un syndrome des points blancs, notamment un tableau proche du MEWDS.
Rien de franchement caractéristique. Rien qui fasse immédiatement penser à la syphilis.
Puis le tableau se dévoile
Quelques semaines plus tard, la situation change brutalement:
La vision chute de façon importante et apparaît alors la fameuse lésion placoïde jaunâtre du pôle postérieur, caractéristique de l’ASPPC. Cette fois, le diagnostic devient beaucoup plus évident.
Les sérologies syphilitiques reviennent positives.
Que retenir de ce cas clinique ?
L’intérêt de cette observation n’est pas de nous rappeler à quoi ressemble une ASPPC typique. C’est de montrer que la maladie peut débuter par des manifestations beaucoup plus discrètes, fluctuantes et trompeuses.
Avant l’apparition de la plaque placoïde classique, la patiente présentait déjà une vision fluctuante, des « lumières » des signes inflammatoires rétiniens subtils, mimant un syndrome des taches blanches évanescentes
Sans surveillance attentive, ces manifestations précoces auraient facilement pu être attribuées à une autre étiologie, inflammatoire ou virale.
Pourquoi il faut continuer à penser à la syphilis
La syphilis reste l’un des grands imitateurs de l’ophtalmologie.
Elle peut prendre l’apparence :
- d’une uvéite ;
- d’une neuro-rétinite ;
- d’une vascularite rétinienne ;
- d’un syndrome des points blancs ;
- ou d’une choriorétinite placoïde.
Et parfois chez des patients jeunes, sans facteur de risque évident, avec un tableau clinique déroutant.
Face à une inflammation rétinienne atypique, fluctuante ou inexpliquée, la sérologie syphilitique reste un examen simple, peu coûteux et potentiellement déterminant.
En pratique
Lorsqu’un patient présente :
- des symptômes visuels fluctuants ;
- des photopsies inexpliquées ;
- des lésions rétiniennes inflammatoires atypiques ;
- un tableau évoquant un syndrome des points blancs sans correspondre parfaitement à l’un d’entre eux ;
- la syphilis doit rester dans le diagnostic différentiel.
Car parfois, derrière quelques discrets points blancs se cache une maladie systémique parfaitement traitable… à condition d’y penser.
Référence
Harrell M Jr, Marchese A, Jampol LM. Early Retinal Manifestations Preceding Acute Syphilitic Posterior Placoid Chorioretinitis. Retinal Cases & Brief Reports. 2025;19(3):315-318.
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