ARVO LIVE 2026 – DMLA : entre complément, durabilité et médecine de précision
À l’ARVO 2026, la suite de la DMLA se lit en deux mouvements. D’un côté, la DMLA atrophique entre dans une phase de questionnement : inhibiteurs du complément, risque de néovascularisation, progression sous-fovéale, métabolisme mitochondrial, implants visuels. De l’autre, la DMLA néovasculaire continue sa mue : moins d’injections, plus de vraie vie, plus d’imagerie, et une compétition de durabilité et d’assèchement entre faricimab, aflibercept 8 mg, biosimilaires et nouvelles plateformes prolongées.
Le message est clair : on ne traite plus seulement une DMLA. On traite un profil évolutif.
Résumé de 4 journées, par le Dr Isabelle Aknin, présidente de l’ARMD, en direct de Denver
1. DMLA atrophique : les inhibiteurs du complément en vraie vie
Conférence — 4 mai, 16h30
Mohammad Shayaan Aqil et al.
Abstract 1846
Complement Inhibition in Eyes With Coexisting Geographic Atrophy and Neovascular AMD: Real-World Visual, Anatomic, and Treatment Interval Outcomes
Cette étude s’intéresse à une population souvent exclue des essais pivots : les yeux ayant à la fois une DMLA atrophique et une DMLA néovasculaire active sous anti-VEGF.
Sur 210 yeux traités par pegcetacoplan ou avacincaptad pegol, la vision reste stable à 6 mois, l’épaisseur maculaire centrale reste stable, et l’intervalle moyen des injections anti-VEGF augmente modestement de 51,5 à 59,3 jours.
Les événements indésirables restent peu fréquents : 2,9 %, incluant aggravation de la composante néovasculaire, inflammation intraoculaire et un cas d’anaphylaxie…
Chez les patients mixtes — DMLA atrophique + DMLA néovasculaire — l’inhibition du complément semble possible, mais elle impose une surveillance rapprochée de l’exsudation.
Conférence — 4 mai, 15h30
David J. Ramsey et al.
Abstract 1843
Risk of Exudative Age-Related Macular Degeneration and Progression to Subfoveal Geographic Atrophy with Complement Inhibitors
Cette étude TriNetX apporte un signal plus prudent.
Chez 576 patients traités par inhibiteurs du complément, l’utilisation de ces traitements est associée à un risque accru de DMLA néovasculaire incidente, de progression vers l’atrophie sous-fovéale et de basse vision.
Le risque de DMLA néovasculaire est multiplié par environ 4.
Les inhibiteurs du complément ralentissent une trajectoire anatomique, mais leur bénéfice fonctionnel reste discuté en vraie vie.
Le risque néovasculaire doit être au centre de l’information patient, et de la préoccupation de l’ophtalmologiste
Poster — 4 mai, 11h15
William Holz et al.
Abstract 1769 – 0531
Real-world rates of neovascular age-related macular degeneration in eyes treated with pegcetacoplan or avacincaptad pegol for geographic atrophy
Dans cette étude de vraie vie, 878 yeux atteints de DMLA atrophique et traités par inhibiteur du complément sont analysés.
Le taux de conversion en DMLA néovasculaire est de 9,5 % au total :
10,8 % sous pegcetacoplan et 5,5 % sous avacincaptad pegol.
Point intéressant : chez les yeux convertissant vers une DMLA néovasculaire, l’autre œil avait souvent déjà des antécédents de néovascularisation.
Le terrain compte: un œil controlatéral néovasculaire pourrait signaler un profil à haut risque de conversion.
2. DMLA atrophique : prédire la progression
Conférence — 4 mai, 15h45
Nikolas London et al.
Abstract 1844
Factors affecting disease progression and visual acuity in geographic atrophy: Findings from OAKS and DERBY
Cette analyse des yeux non traités des études OAKS et DERBY identifie les facteurs associés à une progression plus rapide de la DMLA atrophique.
Les lésions progressent plus vite lorsqu’elles sont plus éloignées de la fovéa, moins circulaires, associées à moins de drusen intermédiaires ou grands, et chez les patients en surpoids.
La perte visuelle est plus rapide lorsque la lésion initiale est plus petite, la vision initiale meilleure, le déficit en basse luminance plus élevé, et la vitesse de lecture plus lente.
La DMLA atrophique n’avance pas au hasard. La forme, la localisation, la basse luminance et la lecture deviennent des marqueurs de risque.
Poster — 5 mai, 10h15
Lukas Kuchernig et al.
Abstract 3967 – 0181
Spatio-temporal choriocapillaris flow deficits predict outer retinal degeneration patterns in geographic atrophy
Cette étude montre que les déficits de flux de la choriocapillaire prédisent localement la progression de la DMLA atrophique.
Un déficit de flux plus élevé autour de la lésion est associé à une progression plus rapide, notamment vers une perte directe du RPE.
La DMLA atrophique devient cartographiable. Demain, les cartes OCT/OCTA pourraient indiquer où l’atrophie va progresser.
3. DMLA atrophique : métabolisme, mitochondries et nouvelles cibles
Conférence — 5 mai, 17h00
Tsai-Chu Yeh et al.
Abstract 3413
Targeting Mitochondrial Dysfunction in Geographic Atrophy through Liquid-Biopsy Proteomics and Metabolomics
Dans la DMLA atrophique, les cellules rétiniennes (surtout l’EPR et les photorécepteurs) ne meurent pas “juste” à cause de l’inflammation ou du complément. Elles sont aussi en déficit énergétique.
Cette étude utilise la protéomique de l’humeur aqueuse pour explorer directement les voies métaboliques intraoculaires.
Dans la DMLA atrophique, les voies mitochondriales et le cycle TCA (Krebs) sont diminués.
Après supplémentation orale en alpha-cétoglutarate (intermédiaire du cycle de krebs) pendant 7 jours, plusieurs métabolites intraoculaires augmentent, suggérant que le métabolisme oculaire humain peut être modulé par une intervention systémique. (Bref, ça passe) Jusqu’ici, on avait des hypothèses (modèles animaux) et des marqueurs indirects (sang, imagerie). Là, on a pour la première fois une lecture directe du métabolisme de l’œil humain vivant
On ouvre une nouvelle piste thérapeutique :
- plus seulement anti-VEGF
- plus seulement anti-complement
- mais aussi thérapies métaboliques
Avec une idée simple : Si on redonne de l’énergie aux cellules, on peut ralentir leur mort.´Et l’humeur aqueuse devient une fenêtre moléculaire sur l’œil vivant.
Conférence — 5 mai, 9h30
Sunil S. Patel et al.
Abstract 2513
Oral QA102 Reduces Drusen Volume and Geographic Area Growth in Intermediate Atrophic Age-Related Macular Degeneration
QA102, traitement oral à activité antibactérienne et anti-inflammatoire, montre en phase 2 une réduction du taux de croissance du volume des drusen et de la zone d’atrophie.
À 400 mg, le taux de croissance de la zone atrophique est réduit de 42,7 % versus placebo. Donc on ne parle pas d’un effet symptomatique, mais d’un impact sur la dynamique de la maladie. OK 42,7 % c’est massif, mais on parle d’une étude de phase deux, exploratoire, avec des effectifs limités. Pas de résultats sur la fonction visuel ni sur la durabilité à long terme donc on est loin d’une mise en pratique Clinique.
L’hypothèse de l’inflammation chronique de bas grade.
Dans la DMLA atrophique :
- activation du complément
- inflammation locale
- rôle possible du microbiote / infections chroniques (ex: Chlamydia pneumoniae, oral microbiome…)
QA102 agit potentiellement sur l’inflammation systémique, les signaux microbien, chroniques, l’immunité. C’est donc un modulateur immuno-inflammatoire, indirect.
La voie orale revient dans la DMLA atrophique. Pas comme supplément vague, mais comme stratégie anti-inflammatoire ciblée à confirmer.
4. DMLA atrophique avancée : restaurer une fonction
Poster — 5 mai, 8h30
Ava K. Bittner et al.
Abstract 2847 – 0985
Daily Living Task Performance with the PRIMA Photovoltaic Implant in Geographic Atrophy
Si vous avez suivi, il y a eu l’interview d’Yannick Lemeur. On n’y revient à l’ARVO
Le système PRIMA ne se limite pas à l’acuité visuelle.
À 12 mois, 50 % des patients implantés atteignent des tâches avancées de vie quotidienne : lire, utiliser un téléphone ou un ordinateur, identifier des objets, reconnaître des personnes, naviguer dans l’espace.
Dans la DMLA atrophique avancée, l’enjeu n’est plus seulement de ralentir la perte.
Il devient possible de parler de restauration fonctionnelle partielle.
5. DMLA néovasculaire : aflibercept 8 mg, la durabilité en vraie vie
Poster — 5 mai, 15h30
Archana Airody et al.
Abstract 3635 – 0728
SPECTRUM UK cohort analysis: Early real-world outcomes with aflibercept 8 mg in patients with nAMD
Dans la cohorte britannique SPECTRUM, l’aflibercept 8 mg montre à 24 semaines une amélioration visuelle et anatomique chez les patients naïfs et prétraités.
Chez les naïfs : +6,2 lettres et -125 µm de CRT.
Chez les prétraités : +2,1 lettres et -30 µm de CRT.
Chez les patients switchés, près des deux tiers améliorent leur intervalle de traitement.
L’aflibercept 8 mg entre dans la vraie vie avec un objectif clair : maintenir ou améliorer, tout en espaçant.
Poster — 5 mai, 15h30
Enrico Borrelli et al.
Abstract 3636 – 0729
SPECTRUM: Early real-world treatment patterns with aflibercept 8 mg in patients with treatment-naïve and previously treated nAMD
Cette analyse globale de SPECTRUM décrit les premiers schémas de traitement avec aflibercept 8 mg.
Les patients naïfs reçoivent en moyenne 4,7 injections sur 24 semaines ; les prétraités 4,4 injections.
La majorité reçoit 4 à 6 injections sur cette période.
Avec Aflibercept 8 mg, la vraie vie montre une réalité pragmatique : La vraie vie confirme une phase de dose de charge encore structurée, avant d’évaluer réellement la durabilité.Autrement dit : la durabilité ne s’impose pas, elle se construit.
Poster — 5 mai, 8h30
Deepak Sambhara et al.
Abstract 2677 – 0305
Real-world use of aflibercept 8 mg in eyes with neovascular age-related macular degeneration: Analysis of the IRIS® Registry
Dans le registre IRIS, près de 13 000 yeux traités par aflibercept 8 mg sont analysés.
Les yeux naïfs atteignent un intervalle médian de 12 semaines après plus de 6 mois, ce qui est très bien. Comme attendu, les yeux qui avaient une acuité visuelle, initiale basse ont eu la meilleure amélioration: les yeux qui ont la meilleure acuité visuelle, augmenter de peu.,
Les yeux switchés depuis aflibercept 2 mg gagnent environ 2,9 semaines d’intervalle, avec vision maintenue.
L’extension n’est pas spectaculaire chez les patients difficiles, mais elle est réelle. Et à l’échelle d’un système de soins, deux semaines gagnées comptent.
Conférence — 5 mai, 13h30
Michael Wesley Stewart et al.
Abstract 2849
PULSAR Extension: 156-week retinal fluid and PED outcomes in patients with nAMD receiving aflibercept 8mg
À 156 semaines, l’extension PULSAR confirme le maintien du contrôle anatomique sous aflibercept 8 mg.
On se concentre sur le groupe qui était sous placebo pendant l’étude, et qui sont passés sous Aflibercept 8 mg pendant les 2 ans de l’extension, et on le compare au groupe de patients sous Aflibercept 8 mg depuis le début. Ces patients ont réduit la quantité de fluide sous-rétinien et intra-rétinien, se rapprochant des résultats des patients sous Aflibercept 8 mg depuis le début.
Les patients sous 8 mg ont ont eu un assèchement plus fort et plus durable, en particulier pour les patients difficiles à traiter comme les formes polypoïdales et les DEP.
Pour le DEP: les patients sous Aflibercept 8 mg ont vu une diminution du volume du DEP, qui s’est bien maintenue durant les 4 ans de l’étude.
Donc, la résolution du liquide rétinien reste stable entre 96 et 156 semaines , et la composante séreuse du DEP diminue ou se maintient.
La durabilité doit se juger dans le temps long. PULSAR apporte une lecture à 4 ans : moins de réaccumulation, moins d’injections, contrôle anatomique maintenu, avec un intervalle de 12 semaines.
6. DMLA néovasculaire : faricimab, la vraie vie s’accumule
Conférence — 5 mai, 14h15
Niro Narendran et al.
Abstract 2852
Four-year outcomes of faricimab in nAMD: safety and efficacy results from the AVONELLE-X long-term extension trial
Nous avons déjà vu qu’AVONELLE-X prolonge TENAYA/LUCERNE jusqu’à 4 ans. Les 1029 patients, traités comme placebo durant Tenaya/lucerne passent sous Faricimab lors de cette extension de 2 ans.
Le faricimab reste bien toléré, avec stabilité visuelle et anatomique.
Après 4 ans, 78 % des patients sont à un intervalle ≥12 semaines, et 64 % à Q16W. 53% d’entre eux auraient pu être étendus à 20 semaines
Chez les patients initialement sous aflibercept 2 mg avec liquide persistant, 44 % deviennent secs après switch vers faricimab.
Faricimab confirme sa durabilité sur le temps long.
La question n’est plus seulement “est-ce efficace ?”, mais “combien de temps peut-on tenir l’intervalle ?”
Conférence — 5 mai, 13h45
Raj Mukherjee et al.
Abstract 2850
Long-term effectiveness and safety of faricimab in eyes with nAMD: 2-year results from the UK FARWIDE-nAMD study
FARWIDE-AMD est une très grande étude de vraie vie issue de 34 sites NHS au Royaume Uni entre juin 22 et mars 26
L’étude, financée par Roche, inclut 25774. patients et 32615 yeux.
À 2 ans 8714 patients et 10450 yeux restaient en étude.´Après les exclusions (changement de traitement, et perte de suivi), il restait environ 3 559 yeux sur un ~8 700 initial; près de 7 000 yeux ont été traités auparavant, ce qui fait qu’environ les deux tiers de l’ensemble des patients
À 2 ans, les yeux naïfs passent de 61 à 65 lettres
Les yeux prétraités restent globalement stables, de 68 à 67 lettres.A supprimer
Gain d’acuité visuelle
- les patients naïfs au traitement ont gagné environ 4 lettres à 24 mois, passant de 61 à 64 lettres
- les patients traités précédemment ont maintenu une vision stable, de 68 à 67 lettres
- une proportion substantielle a atteint ou maintenu la vision d’admissibilité à la conduite au Royaume-Uni à 12 et 24 mois
Diminution du nombre d’IVT après l’induction, avec 2,3 IVT par tranche de 6 mois, cette extension étant maintenue pendant la durée de l’étude. 12 semaines devient un standard. Les patients réfractaires, qui étaient à 4 semaines ont augmenté leur intervalle de 5,4 semaines, donc plus que doublé leur intervalle à l’inclusion.
On relève une bonne tolérance avec des épisodes inflammatoires chez 0,20% des naïfs et 0,17% des patients pré traités, avec un taux rEs faible (0,02% et 0,3% respectivement) d’endophtalmie. Surtout, les patients auparavant traités toutes les 4, 6 ou 8 semaines prolongent leurs intervalles à environ 9, 10 ou 11 semaines. Soit +1 à 2 semaines. Chez les patients déjà lourds, le faricimab ne transforme pas toujours la vision. Mais il transforme au moins la logistique du traitement.
Conférence — 5 mai, 8h45
Margarita Ziegler et al.
Abstract 2510
Real-World Efficacy and Safety of Faricimab in Neovascular Age-Related Macular Degeneration: First-Time Four-Year Results of the TRUCKEE Study
TRUCKEE rapporte des données multicentriques de vraie vie sur 3 675 yeux.
Après trois injections chez les patients switchés, la vision gagne modestement, l’ERC diminue, et environ 30 % des liquides sous-rétiniens ou intrarétiniens se résolvent. Après neuf injections, le bénéfice devient surtout anatomique.
Le taux d’inflammation intraoculaire est de 0,08 % par injection.
Dans les populations prétraitées, l’effet du faricimab est d’abord anatomique.
Le gain visuel est limité par l’histoire de la maladie.
Poster — 3 mai, 13h00
Mark C. Gillies et al.
Abstract 507 – 0244
18-month real-world outcomes of faricimab for treatment-naive neovascular AMD in Australia
Chez des patients naïfs australiens, le faricimab permet 75 % d’inactivation lésionnelle à 18 mois.
55 % des yeux atteignent un intervalle ≥12 semaines, avec une vision améliorée de 2,5 lettres.
Comparé à l’aflibercept 2 mg historique, le faricimab montre des intervalles plus longs et un meilleur contrôle de l’activité lésionnelle, avec vision comparable.
Dans cette étude, le bénéfice du faricimab en vraie vie semble surtout être la durabilité du contrôle lésionnel.
Poster — 5 mai, 8h30
Rodrigo Abreu et al.
Abstract 2692 – 0320
From intervals to trajectories: multi-state durability, dynamic prediction and phenotype-guided T&E with faricimab in real-world practice
Cette étude propose de ne plus seulement compter le pourcentage de patients à ≥12 semaines. Elle analyse les trajectoires Treat & Extend : passage de Q4 à Q6, Q8, Q10-12, puis ≥Q14.
Résultat : 39 % des yeux atteignent ≥12 semaines, avec un délai médian d’environ 30 semaines.
Un score dynamique permet de prédire la probabilité d’atteindre 12 semaines entre 24 et 36 semaines.
La durabilité n’est pas un point fixe. C’est une trajectoire. Et demain, elle pourrait être prédite patient par patient…
7. Imagerie : sécher la rétine, mesurer le SHRM
Conférence — 5 mai, 14h30
Susumu Ishida et al.
Abstract 2853
Anatomical outcomes of faricimab in patients with neovascular age-related macular degeneration: 6-month real-world imaging from the VOYAGER study
Plus de 5000 patients inclus dans VOYAGER utilise une segmentation par deep learning sur des OCT de vraie vie.
À 6 mois, chez les patients naïfs comme prétraités, le faricimab réduit l’ERC, le liquide sous-rétinien, le liquide intrarétinien et l’épaisseur du DEP.
L’imagerie de vraie vie devient exploitable à grande échelle avec l’IA. Elle permet de quantifier ce que le clinicien voit : le séchage progressif de la rétine.
Conférence — 5 mai, 13h15
SriniVas R. Sadda et al.
Abstract 2854
Reduction in Subretinal Hyperreflective Material Volume With Faricimab vs Aflibercept 2 mg in Treatment-Naïve nAMD: A TENAYA/LUCERNE Post Hoc Analysis
Cette analyse post hoc de TENAYA/LUCERNE s’intéresse au SHRM (un mélange anglo-saxon du “gris “ de Creteil et des hyper-reflectivitès de la fibrose). C’est un biomarqueur anatomique important dans la DMLA néovasculaire.
À 12 semaines, le faricimab réduit davantage le volume et la surface du SHRM que l’aflibercept 2 mg, dans la période de dosage comparable.
Le SHRM devient un biomarqueur de réponse. Et l’analyse automatisée permet de sortir du simple “fluide oui/non”.
8. Cas particuliers : hémorragie sous-rétinienne, switch, flux choroïdien
Poster — 3 mai, 13h00
Huma Khan et al.
Abstract 506 – 0243
Visual and Anatomic Outcomes in nAMD Patients with Subretinal Hemorrhage After Treatment with Faricimab in the TRUCKEE Study
Chez 137 yeux avec hémorragie sous-rétinienne, le faricimab améliore surtout l’anatomie.
Après trois injections, l’ERC diminue fortement, et près de 45 % des hémorragies sous-rétiniennes se résolvent. Aucun événement indésirable n’est rapporté dans cette cohorte.
L’hémorragie sous-rétinienne reste une situation à part. Le faricimab apporte ici un signal anatomique rassurant, à confirmer.
Conférence — 5 mai, 8h30
Hidenori Takahashi et al.
Abstract 2509
Factors Associated with Treatment-Interval Extension in Patients with Neovascular AMD Switched from Brolucizumab to Faricimab
Chez 37 patients passés du brolucizumab au faricimab, l’âge plus avancé est le seul facteur associé à une extension de l’intervalle.
Ni le sous-type lésionnel, ni l’ERC, ni l’épaisseur choroïdienne ne ressortent comme prédicteurs indépendants.
Tous les marqueurs anatomiques ne prédisent pas la durabilité. Le phénotype patient reste parfois plus fort que le phénotype OCT 🙃
Poster — 5 mai, 15h30
Yusuke Tatara et al.
Abstract 3634 – 0727
Short-term Outcomes and Choroidal Blood Flow Changes After Switching to Aflibercept 8 mg in Treatment-resistant Neovascular AMD
Chez 20 yeux résistants, le switch vers aflibercept 8 mg diminue l’ERC, l’épaisseur choroïdienne sous-fovéolaire et le flux sanguin choroïdien maculaire à 3 mois.
Une concentration plus forte peut améliorer l’anatomie, mais elle interroge aussi la perfusion choroïdienne. À surveiller dans les pachychoroïdes et PCV.
9. Biosimilaires et nouvelles plateformes
Poster — 5 mai, 15h30
Argentina Elisa Servin et al.
Abstract 3648 – 0741
Real-World Evidence From 1,000 Eyes Treated With Aflibercept-ayyh (Pavblu): Safety and Early Vision Outcomes
Cette étude rapporte les 1 000 premiers yeux traités par aflibercept-ayyh, biosimilaire de l’aflibercept 2 mg.
La vision reste stable chez les patients switchés et s’améliore chez les naïfs.
Deux cas d’uvéite/irite sont rapportés sur 3 730 injections, sans endophtalmie, vascularite, décollement de rétine ou hémorragie vitréenne.
Les biosimilaires entrent dans le paysage rétinien. Leur enjeu sera autant économique que clinique : sécurité, confiance, substitution, accès.
Conférence — 5 mai, 13h15
Patricio Schlottmann et al.
Efficacy and Safety of Intravitreal Axitinib Hydrogel (OTX-TKI) in Neovascular Age-Related Macular Degeneration: Phase 3 SOL-1 Trial Results
OTX-TKI explore une autre voie : un hydrogel intravitréen d’axitinib visant une inhibition prolongée du VEGF. Une seule injection d’un implant de 7mm X 4 mm totalement dissout en quelques mois.
L’essai SOL-1, de phase 3, évalue le maintien visuel à 36 semaines et le recours aux injections de sauvetage: 75% des patients OTX-TKI sans IVT de secours .
Ils sont inclus avec une AV déjà assez haute (70 lettre) donc difficile de s’améliorer, mais ils passent à 80 après 8 semaines (8/10°).
Il y a eu une amélioration anatomique, avec assèchement. Tolérance bonne, pas de cas d’endophtalmie.
La prochaine révolution pourrait ne pas être seulement une molécule plus forte. Mais une plateforme plus durable.
Conclusion
À ARVO 2026, la DMLA se redéfinit autour de cinq axes.
1. DMLA atrophique : ralentir ne suffit plus
Les inhibiteurs du complément apportent une avancée anatomique, mais la vraie vie rappelle trois questions majeures :
- quel bénéfice fonctionnel réel ?
- quel risque de conversion néovasculaire ?
- quels patients sélectionner ?
2. Le risque devient prédictible
Morphologie lésionnelle, basse luminance, lecture, choriocapillaire, OCT/OCTA :
la DMLA atrophique devient une maladie de cartographie du risque.
3. La DMLA néovasculaire bascule vers la durabilité
Aflibercept 8 mg et faricimab s’inscrivent dans une même dynamique : maintenir le contrôle anatomique et visuel, tout en allégeant la charge thérapeutique.
4. La vraie vie devient centrale
FARWIDE, TRUCKEE, VOYAGER, SPECTRUM, IRIS : les grandes bases de vraie vie ne remplacent pas les essais cliniques, mais elles montrent ce qui se passe chez les patients complexes, prétraités, switchés, incomplets, imparfaits — ceux que nous voyons tous les jours.
5. L’imagerie devient décisionnelle
SHRM, DEP, fluide, choriocapillaire, segmentation automatisée : on ne regarde plus seulement l’OCT. On mesure des trajectoires.
La DMLA entre dans une nouvelle phase.
Pour la DMLA atrophique, l’enjeu est de sélectionner les bons patients, surveiller le risque néovasculaire et aller au-delà du simple ralentissement anatomique.
Pour la DMLA néovasculaire, l’objectif n’est plus seulement de sécher la rétine.
C’est de maintenir le résultat, prolonger les intervalles, réduire la charge, et prédire la trajectoire.Moins injecter, oui.
Mais surtout : mieux choisir, mieux mesurer, mieux anticiper. Á suivre…





