ARVO 2026 LIVE – Diabète et œil : au-delà de la rétinopathie
À l’ARVO 2026, le diabète n’est plus seulement une affaire de rétinopathie, il est ubiquitaire. On le retrouve dans : la surface oculaire, la cornée, le nerf optique, l’OCTA, le rein, et peut-être même dans la réponse aux nouveaux traitements métaboliques comme les agonistes du GLP-1.
Résumé de 4 journées de congrès , par le Dr Isabelle Aknin, présidente de l’ARMD, en direct de Denver
1. Surface oculaire et cornée : le diabète commence avant la rétinopathie
Shinjini Basak et al.
Phenotypic Changes in Tear Film and Corneal Structure Across Control, Prediabetes, and Early Type 2 Diabetes
Poster — 6 mai, 14h00
Abstract 4536 – 0032
Cette étude montre que les altérations oculaires apparaissent déjà au stade de prédiabète et de diabète de type 2 précoce, même sans rétinopathie.
Les patients prédiabétiques présentent une diminution significative de la hauteur du ménisque lacrymal et du test de Schirmer. Les patients diabétiques ont également une production lacrymale réduite, ainsi qu’un amincissement épithélial cornéen central.
Plus intéressant encore : les modifications stromales et biomécaniques cornéennes apparaissent précocement.
Le diabète ne commence donc pas dans la rétine.
Il peut déjà modifier le film lacrymal, la cornée et ses propriétés biomécaniques.
La surface oculaire devient un possible biomarqueur précoce du risque diabétique.
2. Chez les sujets âgés, le diabète double le risque de maladie de la surface oculaire
Adeline Yen-Ming Choo et al.
Association Between Diabetes and Ocular Surface Disease in Older Adults: A Medicare Population Study
Poster — 6 mai, 10h15
Abstract 4106
Dans cette immense cohorte Medicare de plus de 1,6 million de bénéficiaires, le diabète est associé à plus de deux fois plus de risque de maladie de la surface oculaire.
L’association concerne :
- le film lacrymal,
- l’inflammation cornéo-conjonctivale,
- les atteintes liées à l’infection ou à la neuropathie.
La sécheresse oculaire représente la majorité des cas observés.
Chez le patient diabétique âgé, il ne suffit pas de rechercher une rétinopathie. Il faut aussi interroger, examiner et traiter la surface oculaire.
La sécheresse oculaire diabétique est probablement sous-diagnostiquée.
3. GLP-1 et sécheresse oculaire : signal protecteur, mais complexe
Eliot Nicholas Haddad et al.
Glucagon-like peptide-1 receptor agonists and risk of dry eye disease
Poster — 6 mai, 10h15
Abstract 4095
Dans une cohorte TriNetX de près de 600 000 patients, les agonistes du GLP-1 sont associés à une réduction du risque de sécheresse oculaire nouvellement diagnostiquée par rapport aux témoins appariés.
Mais le signal est nuancé :
- la réduction est nette chez les patients sans diabète,
- beaucoup moins chez les patients diabétiques de type 2,
- et les comparaisons avec d’autres traitements métaboliques restent difficiles à interpréter.
Retenons que les GLP-1 pourraient avoir un effet anti-inflammatoire ou métabolique favorable sur la surface oculaire.
Mais ce signal doit rester prudent : il s’agit de données rétrospectives, possiblement influencées par les changements de mode de vie associés au traitement.
4. GLP-1 et rétinopathie diabétique : moins de progression vers la PDR ?
James Taekyoon Kwan et al.
Impact of GLP-1 Receptor Agonists on Sight-Threatening Complications from Proliferative Diabetic Retinopathy in Type 2 Diabetes
Abstract OD275
Chez 1 196 patients diabétiques de type 2 avec rétinopathie diabétique, l’utilisation des agonistes du GLP-1 est associée à moins de progression incidente vers la rétinopathie diabétique proliférante.
Le taux de PDR incidente est plus faible sous GLP-1 RA : 9,8 % contre 13,0 %.
En revanche, il n’y a pas de différence significative sur l’œdème maculaire diabétique, les hémorragies du vitré ou l’acuité visuelle finale.
Les GLP-1 ne semblent pas aggraver le risque de complications menaçantes dans cette cohorte. Au contraire, un signal de protection contre la progression vers la PDR apparaît.
À confirmer par des études longitudinales mieux contrôlées.
5. GLP-1 et DMLA : un signal de protection métabolique ?
Shahin Hallaj et al.
Glucagon-Like Peptide-1 Receptor Agonists and Incidence of Age-Related Macular Degeneration in Adults With Diabetes
Poster — 7 mai, 8h00
Abstract 5269 – 0383
Dans cette très large cohorte Epic Cosmos appariée, les adultes diabétiques traités par GLP-1RA présentent une incidence plus faible de DMLA à 1, 5 et 10 ans.
L’exposition au GLP-1RA est associée à une réduction indépendante du risque de DMLA.
La DMLA pourrait également être influencée par les voies métaboliques et inflammatoires systémiques.
Les GLP-1 soulèvent une question nouvelle : peut-on protéger la macula en agissant sur le métabolisme global ?
6. GLP-1 chez les non-diabétiques : signal protecteur sur glaucome, DMLA et NAION
Tamerlane Visher et al.
Glaucoma, Macular, and Optic Nerve Disease in Non-Diabetic Adults Receiving GLP-1 Agonists for Weight Loss
Conférence — 7 mai, 15h00
Abstract 5939
Chez des adultes non diabétiques traités par GLP-1 pour perte de poids, l’étude retrouve une diminution du risque de plusieurs pathologies oculaires incidentes :
- pré-glaucome
- glaucome primitif à angle ouvert,
- DMLA sèche et humide,
- œdème maculaire cystoïde,
- NAION.
Ce signal doit être interprété avec prudence. Il ne prouve pas une causalité.
Mais il suggère que les traitements métaboliques modernes pourraient modifier le risque ophtalmologique global.
7. Diabète et glaucome : attention aux faux signaux OCT
Deena Shefter et al.
Longitudinal Evaluation of Structure and Function in Subjects with Primary Open-Angle Glaucoma and Diabetes Mellitus Without Diabetic Retinopathy
Poster — 6 mai, 10h15
Abstract 5135 – 0198
Chez des patients atteints de glaucome primitif à angle ouvert, la présence d’un diabète de type 2 sans rétinopathie est associée à un amincissement plus lent de la cpRNFL et de la rétine externe.
Mais la progression GCIPL et fonctionnelle reste similaire.
Le diabète peut modifier les mesures OCT du glaucome, même sans rétinopathie diabétique. Il peut donc devenir un facteur de confusion dans le suivi structurel.
Chez le glaucomateux diabétique, l’OCT doit être interprété avec nuance.
8. Diabète et risque de glaucome : un dépistage insuffisant ?
Jennifer Yang et al.
Assessing the Risk of Open-Angle Glaucoma in Patients with Diabetes
Poster — 6 mai, 10h15
Abstract 4068 – 0282
Dans cette cohorte de 7 840 patients diabétiques sans diagnostic préalable de glaucome, les patients diabétiques ont davantage de facteurs de risque de glaucome à angle ouvert que le groupe contrôle.
Pourtant, l’imagerie RNFL est moins souvent réalisée chez eux.
Le patient diabétique est à risque rétinien, mais aussi glaucomateux. Le dépistage ne doit pas s’arrêter au fond d’œil. Il faut penser PIO, papille, RNFL et champ visuel quand le contexte clinique le justifie.
9. OCTA et rein : la rétine, miroir microvasculaire systémique
Julia Greenwood et al.
Baseline OCTA Metrics Predict 2-Year Kidney Function in Patients with Diabetes
Conférence — 6 mai, 10h15
Abstract 3833
Cette étude montre que les paramètres OCTA de base prédisent la fonction rénale à 2 ans chez les patients diabétiques.
Un déficit de perfusion plus élevé dans les plexus superficiel et profond est associé à une albuminurie plus élevée. À l’inverse, une meilleure densité vasculaire est associée à un meilleur profil rénal.
L’OCTA ne regarde plus seulement la rétine. C’est une fenêtre non invasive sur la microcirculation systémique. La rétine confirme son rôle de biomarqueur vasculaire global.
10. OMD : aflibercept 8 mg et faricimab confirment leur place en vraie vie
Michael Javaheri et al.
Real-world use of aflibercept 8 mg in eyes with diabetic macular edema: Analysis of the IRIS® Registry
Poster — 5 mai
Abstract 2676 – 0304
Dans le registre IRIS®, les yeux atteints d’OMD traités par aflibercept 8 mg atteignent des intervalles médians de 12 semaines, chez les naïfs comme chez les switchés depuis aflibercept 2 mg.
Chez les yeux switchés, l’intervalle médian est prolongé d’environ 2 semaines, avec maintien de l’acuité visuelle.
L’aflibercept 8 mg confirme en vraie vie, dans cette large cohorte, son intérêt principal : maintenir l’efficacité tout en allongeant les intervalles.
10. Faricimab en vraie vie : la durabilité se confirme à 2 ans
Tunde Peto et al.
Long-term effectiveness and safety of faricimab in eyes with DME: 2-year Results From the UK FARWIDE-DME Study
Conférence — 5 mai, 13h15
Abstract 2855
Dans FARWIDE-DME, les yeux naïfs gagnent en vision à 2 ans, tandis que les yeux prétraités maintiennent leur acuité visuelle avec des intervalles d’environ 12 semaines.
Les taux d’inflammation intraoculaire et d’endophtalmie restent faibles.
Faricimab confirme sa durabilité en vraie vie, notamment chez les patients prétraités.
Aflibercept 8 mg et faricimab installent une nouvelle logique : moins d’injections, mais pas moins de contrôle.
Conclusion
À l’ARVO 2026, le diabète oculaire change de dimension. Il ne se résume plus à :
- rétinopathie,
- œdème maculaire,
- anti-VEGF.
Il devient une maladie globale de l’œil :
- surface oculaire,
- cornée,
- nerf optique,
- macula,
- microvascularisation rétinienne,
- et biomarqueurs systémiques.
Demain, l’ophtalmologiste devrait jouer un rôle encore plus central dans la détection du risque systémique, en collaboration avec diabétologues, néphrologues et médecins généralistes.





