ARVO 2026 LIVE – Pathologies vasculaires rétiniennes : la rétine vasculaire entre dans l’ère du timing, de l’imagerie et de la personnalisation
Les quatre premiers jours de l’ARVO 2026 confirment une bascule : les occlusions vasculaires rétiniennes ne se définissent plus uniquement par l’œdème maculaire et l’acuité visuelle. Elles deviennent, elles aussi, des maladies à phénotyper, à traiter rapidement, à monitorer par OCTA et parfois à interpréter comme un signal de santé vasculaire systémique.
Résumé de 4 journées, par le Dr Isabelle Aknin, présidente de l’ARMD, en direct de Denver
1. OVR : traiter vite, traiter fort, puis individualiser
Conférence — 4 mai, 16h00
Quan Dong Nguyen et al.
Time to treatment initiation and vision outcomes in treatment-naive eyes with macular edema following central retinal vein occlusion treated with anti-VEGF therapy in United States clinical practice
Cette étude de vraie vie, issue de la base Vestrum Health Retina, (une base US observationnelle énorme) analyse près de 10 000 yeux naïfs atteints d’œdème maculaire secondaire à une OVCR.
Le message est simple : le délai thérapeutique compte.
Les yeux traités dès le diagnostic, ou dans les 14 jours, récupèrent mieux.
À l’inverse, lorsque le traitement anti-VEGF est débuté après 15 jours – et surtout après 30 jours – l’acuité visuelle s’améliore après traitement, mais ne revient pas au niveau observé au diagnostic.
Donc, dans l’OVCR avec œdème maculaire, attendre n’est pas neutre.
Même si l’acuité visuelle initiale paraît encore relativement préservée, tout retard peut coûter des lettres.
2. Aflibercept 8 mg : moins d’injections, même efficacité visuelle
Conférence — 4 mai, 16h30
Richard Gale et al.
Aflibercept 8 mg in macular edema following retinal vein occlusion (MEfRVO): 64-week results from the QUASAR trial
L’essai QUASAR confirme l’arrivée d’un nouveau standard potentiel dans l’œdème maculaire post-OVR.
Chez des patients naïfs, l’aflibercept 8 mg montre une non-infériorité visuelle par rapport à l’aflibercept 2 mg, associée à une réduction significative du nombre d’injections : jusqu’à 3 injections de moins à 64 semaines.
74% des patients traités par aflibercept 8 mg étaient secs à la semaine 64 (absence d’IRF et SRF dans le champ central maculaire) vs 66% sous aflibercept 2mg. À la semaine 64, plus de 80 % des patients traités par aflibercept 8 mg atteignent un intervalle de traitement ≥ 12 semaines, dont 1 patient sur 2 parvient à un intervalle de 16 semaines, contre 67,8 % seulement atteignant 12 semaines sous aflibercept 2 mg.
Dans le bras, 8 mg après 3 doses mensuelles initiales, 40,5 % des patients ont même un dernier intervalle assigné à 20 semaines.
L’efficacité n’est plus le seul enjeu.
La vraie question devient : comment maintenir le résultat visuel avec moins d’injections, moins de contraintes, et une charge de soins plus réaliste ?
Conférence — 4 mai, 16h30
Sumit Sharma et al.
Impact of baseline best-corrected visual acuity on visual and anatomic outcomes among patients with retinal vein occlusion: Post hoc analysis of the Phase 3 QUASAR trial
Cette analyse post hoc de QUASAR montre que l’aflibercept 8 mg reste robuste quel que soit le niveau d’acuité visuelle initiale.
Chez les patients atteints d’OBVR ou d’OVCR/OVHR, il permet des gains visuels et des réductions de l’épaisseur centrale rétinienne comparables à l’aflibercept 2 mg, avec cependant moins d’injections et un retour beaucoup moins fréquent au rythme mensuel (Q4). La grande majorité des patients sous aflibercept 8 mg ont atteint des intervalles de dosage prolongés, indépendamment de l’acuité visuelle initiale : 93–95 % des patients OBVR et 87–98 % des patients OVCR/OVHR avaient un dernier intervalle de traitement assigné ≥Q8 à la semaine 36.
L’auteur conclut que même les patients à bonne acuité initiale peuvent bénéficier d’une stratégie d’extension, sans sacrifier le résultat fonctionnel.
3. Faricimab dans l’OVR : les données de vraie vie arrivent
Poster à la demande
Miguel del Pinal Alvarez de Buergo et al.
Real-World Experience of Faricimab in Retinal Vein Occlusion at the Imperial College Healthcare NHS Trust
Dans cette cohorte de vraie vie, le faricimab est évalué chez des patients OVR naïfs et chez des patients switchés pour réponse sous-optimale.
Chez les yeux naïfs, le gain est très précoce : +15 lettres après la première injection, avec une ERC passant de 590 µm à 285 µm.
Le FIR chute de 100 % à 26,5 % après la première injection, et le FSR disparaît après la deuxième.
Chez les yeux switchés, la vision reste stable, mais l’anatomie s’améliore significativement : réduction de l’ERC, du FIRet du FSR.
En OVR aussi, le faricimab montre surtout une puissance anatomique rapide.
Chez les naïfs, elle s’accompagne d’un gain visuel. Chez les switchés, elle permet surtout de stabiliser et d’assécher.
Poster — 4 mai, 8h30
Deepali Varma et al.
Early real-world effectiveness and safety of faricimab in eyes with RVO: 3 Month Results From the UK FARWIDE-RVO Study
FARWIDE-RVO est l’une des plus grandes études de vraie vie hors États-Unis sur le faricimab, issue de 34 sites NHS.
À 3 mois, les yeux naïfs OBVR passent d’une médiane de 59 à 70 lettres.
Les yeux naïfs OVCR/OVHR passent de 50 à 63 lettres. (NB: OVHR: occlusion veineuse Hemi- rétinienne).
Chez les patients prétraités, la vision est globalement maintenue.
Les signaux de sécurité, notamment inflammation intraoculaire et endophtalmie, restent cohérents avec les essais de phase 3.
FARWIDE-RVO installe le faricimab dans la vraie vie des OVR.
Pas comme une promesse théorique, mais comme une option déjà utilisée à large échelle.
4. OCTA : l’ischémie devient un biomarqueur thérapeutique
Poster — 4 mai, 15h00
Hsien-Wei Hsiao et al.
Arc of Non-perfusion in Optical Coherence Tomography Angiography Predicts Anti-Vascular Endothelial Growth Factor Response in Branch Retinal Vein Occlusion
Cette étude sur 40 yeux OBVR montre que l’arc de non-perfusion en OCTA, notamment para-fovéolaire, prédit le pronostic visuel et la charge thérapeutique.
- Un pArcNP < 90° est associé à une meilleure acuité visuelle à 6 et 12 mois.
- Un pArcNP > 120° est corrélé à un nombre plus élevé d’injections.
- L’association ArcNP + DRIL permet de prédire les résultats visuels, avec une AUC > 0,75.
Donc l’OCTA ne se contente plus de montrer l’ischémie.
Elle peut aider à prédire qui répondra, qui nécessitera plus d’injections, et qui doit être surveillé de plus près.
Poster — 4 mai, 15h00
Guenther Weigert et al.
Characterization of Collateral Vessels and Ischemia in Retinal Vein Occlusion using a novel Ultra-Widefield Swept-Source OCT Angiography
- Dans 167 yeux OVR, l’UWF-SS-OCTA permet de cartographier les vaisseaux collatéraux et les zones de non-perfusion.
- Dans l’OBVR, les collatérales se regroupent surtout en bordure des zones de non-perfusion, dans le plexus capillaire profond.
- Dans les OBCR/OVHR, les collatérales papillaires sont associées à une meilleure acuité visuelle.
La concordance entre UWF-OCTA et angiographie à la fluorescéine atteint 94,5 %.
L’OCTA ultra-grand champ devient une alternative crédible à l’angiographie pour lire l’ischémie périphérique et les voies de compensation.
(Vous n’avez pas d’ultra wide field OCTA, moi non plus… mais bon)
Poster — 5 mai, 11h45
Hannah Jensen et al.
Association Between Retinal Microvascular Metrics and Future Complications in Patients with Retinal Vein Occlusion
Cette étude explore si les paramètres OCTA peuvent prédire les complications futures : hémorragie vitréenne et glaucome néovasculaire.
Les « métriques de perfusion » (densité vasculaire, longueur des capillaires (Skeleton density), zone avasculaire centrale, zone de non-perfusion, indice ischémique (% perfusé versus non perfusé ), analyse des plexus superficiel et profond) sont globalement associées aux complications, mais aucun paramètre isolé ne ressort comme prédicteur unique.
Donc l’avenir sera probablement multiparamétrique.
Un seul chiffre OCTA ne suffira pas. Il faudra combiner densité vasculaire, non-perfusion, FAZ, plexus profond, contexte clinique et évolution.
5. IA : prédire la réponse et alléger la décision clinique
Poster — 3 mai, 13h00
Wenbin Wei et al.
Treatment effects prediction and clinical decision-making system for retinal vein occlusion by artificial intelligence
Le système RVOTEP combine GAN et CNN pour prédire les effets du traitement anti-VEGF dans l’OVR.
L’étude inclut 1 000 OBVR et 426 OVCR.
Les images synthétiques générées sont interprétables dans 95 % des OCT et 88 % des images de fond d’œil.
La performance décisionnelle atteint une AUC de 0,87 dans le jeu test, mais baisse à 0,70 en validation externe.
L’IA est prometteuse, mais la validation externe reste indispensable. Le modèle gagne du temps, structure la décision, mais doit encore prouver sa robustesse hors centre développeur.
Poster — 2 mai, 8h00
Andres Bribiesca et al.
Retinal artery-vein segmentation from variable-resolution fundus images using SA-UNet
Cette étude développe un modèle SA-UNet capable de segmenter artères et veines rétiniennes sur des images de résolution variable, sans sous-échantillonnage global.
Les performances restent modérées, avec un Dice moyen de 0,60, mais le modèle se généralise à des bases très différentes, de DRIVE à LIFE Adult. Avant de prédire, il faut mesurer correctement.
La segmentation artère-veine robuste est une brique fondamentale pour les futurs biomarqueurs vasculaires automatisés.
6. RVO : maladie oculaire ou marqueur systémique ?
Poster — 5 mai, 8h30
Kelsey Stuart et al.
Prevalence, risk factors, and cardiovascular outcomes of retinal vein occlusion in the United Kingdom
Dans deux grandes cohortes britanniques, la prévalence de l’OVR est de 0,2 %, mais elle augmente fortement avec l’âge, jusqu’à 2,9 % entre 85 et 89 ans.
Les facteurs associés sont l’âge, le sexe masculin, l’hypertension artérielle et les antécédents de glaucome.
L’OVR est associée à la mortalité toutes causes dans UK Biobank, mais les associations avec AVC et mortalité cardiovasculaire disparaissent après ajustement complet.
L’OVR est probablement moins un facteur causal isolé qu’un marqueur de vulnérabilité vasculaire globale. Retenons que devant une OVR, il faut traiter l’œil, mais aussi relire le terrain.
Poster « à la demande »
Joy Abousief et al.
Association Between Anticoagulant Use and Retinal Vein Occlusion in Patients with Deep Vein Thrombosis: A Retrospective Cohort Study
Cette analyse TriNetX compare les patients avec thrombose veineuse profonde selon l’usage ou non d’anticoagulants.
Les résultats suggèrent une association significative entre anticoagulation et moindre risque de CRVO et BRVO, contrairement à certains travaux antérieurs suggérant un risque accru. Mais attention aux raccourcis.
Anticoagulation ne veut pas dire automatiquement risque rétinien accru. Le contexte vasculaire, les indications et les biais de prescription doivent être intégrés…
7. Occlusion artérielle rétinienne : urgence neurovasculaire, encore sous-évaluée
Poster — 5 mai, 8h30
Frida Velcani et al.
Retinal Artery Occlusion as a Marker of Elevated Ischemic Stroke Risk in Rural Compared to Urban Populations
Cette étude de 902 patients atteints d’OAR montre que 18,8 % présentent aussi un AVC ischémique.
Fait important : 60 % des AVC surviennent après le diagnostic d’OAR.
Les patients vivant en zones rurales ou métropolitaines ont un risque d’AVC plus élevé que les patients urbains, avec un OR de 2,34. On retient qu’une OAR n’est pas seulement une pathologie ophtalmologique. C’est un signal d’alerte neurovasculaire. Et l’accès au bilan post-OAR reste un enjeu majeur, surtout en dehors des grands centres.
8. Hémodynamique : retour à la physiologie du flux
Poster — 5 mai, 8h30
Michael Larsen et al.
Assessment of axial retinal artery reflex pulsation in exudative and ischemic central retinal vein occlusion
Cette étude analyse la pulsation du réflexe axial artériel dans l’OVCR.
Les yeux atteints d’OVCR présentent une pulsation réflexe artérielle plus marquée que les yeux controlatéraux sains, sans différence nette entre formes exsudatives et ischémiques. Donc la congestion veineuse modifie aussi la dynamique artérielle.
L’OVR n’est pas seulement une obstruction veineuse : c’est une perturbation globale du système hémodynamique rétinien.
Poster — 5 mai, 13h15
Joseph F. Rizzo et al.
Software Analysis of Blood Flow Dynamics at the Human Optic Nerve Head Derived From Spatial Measurements of Posterior Ciliary Arteries Captured By Light Sheet Fluorescent Microscopy
Ce travail modélise la perfusion de la tête du nerf optique à partir de données anatomiques des artères ciliaires postérieures courtes.
L’objectif est de comprendre pourquoi le NO reste vulnérable à l’ischémie malgré une vascularisation théoriquement riche. La vulnérabilité ischémique du nerf optique pourrait être liée à l’architecture même du flux.
Une piste importante pour comprendre les NIOA et les interactions entre pression, perfusion et anatomie vasculaire.
9. Pachychoroïde : la congestion veineuse choroïdienne devient mesurable
Poster — 4 mai, 15h00
Pedro Valls Alonso et al.
Quantitative Widefield OCTA En Face Analysis of Vortex Vein Architecture in Pachychoroid Spectrum Disease
L’UWF-OCTA permet ici de cartographier les veines vortex dans les maladies du spectre pachychoroïdien.
Les premiers résultats montrent des asymétries de drainage, des anastomoses inter-vortex plus nombreuses et une corrélation entre indices vasculaires, épaisseur choroïdienne et complexité du drainage. La pachychoroïde devient une maladie du drainage, pas seulement de l’épaisseur.
L’imagerie non invasive pourrait progressivement remplacer ou compléter l’ICGA pour évaluer la congestion veineuse choroïdienne.
10. Inflammation systémique : la bouche, la rétine et les vaisseaux
Poster — 5 mai, 13h15
Rahul S. Nanduri et al.
The Effect of Periodontal Disease on Ophthalmic Conditions: A Multicenter Retrospective Cohort Study
Cette étude TriNetX suggère que la maladie parodontale est associée à plusieurs pathologies oculaires, notamment inflammatoires, dégénératives et vasculaires, dont l’occlusion de l’artère rétinienne. Donc la santé oculaire ne se pense plus isolément. L’inflammation chronique, le microbiome oral, le risque vasculaire et les pathologies rétiniennes pourraient partager un terrain commun.
11. Adoption thérapeutique : le monde réel change vite
À la demande — online
Michael Kozlov et al.
Temporal Adoption Patterns of Anti-VEGF Therapies for AMD, DME, and RVO in a Large Real-World Cohort
Dans cette analyse TriNetX de plus de 105 000 patients OVR, le faricimab et l’aflibercept affichent les scores d’adoption les plus élevés en OVR.
Le faricimab montre une adoption rapide, avec un Behavioral Change Index de 75,9 dans l’OVR.
L’aflibercept garde une adoption forte et progressive, avec un BCI de 70,3.
Les habitudes thérapeutiques évoluent plus vite que les recommandations 😄.
La vraie vie absorbe rapidement les nouvelles molécules lorsqu’elles répondent à deux besoins : l’efficacité anatomique et la réduction de la charge thérapeutique.
Conclusion de ces 4 jours d’ARVO
À ARVO 2026, 5 messages
1. Le délai compte.
Dans l’OVCR, traiter tôt peut préserver des lettres.
2. La durabilité devient centrale.
Aflibercept 8 mg et faricimab répondent au même enjeu clinique : préserver l’efficacité tout en allégeant la charge thérapeutique.
3. L’OCTA devient prédictive.
La décision thérapeutique intègre désormais des marqueurs tels que la non-perfusion, les collatérales, la DRIL et les paramètres microvasculaires.
4. L’OVR est un signal systémique.
Hypertension, glaucome, mortalité, AVC, anticoagulation, inflammation : l’œil révèle le terrain.
5. L’avenir sera personnalisé.
Timing, imagerie, cytokines, IA, vraie vie : le traitement de l’OVR ne sera plus seulement “anti-VEGF ou pas anti-VEGF”, mais “quel patient, quel risque, quel intervalle, quel biomarqueur, quel suivi ?” Ça vous rappelle quelque chose ?
Moins injecter, ce n’est plus l’objectif.
Mieux décider, mieux prévoir, mieux suivre — voilà le vrai changement.





