ARVO 2026 LIVE – Microbiote, immunité et œil : de l’intestin à la surface oculaire, une nouvelle carte du risque
Résumé par le Dr Isabelle Aknin, présidente de l’ARMD, en direct de Denver
À ARVO 2026, un fil rouge inattendu relie plusieurs sessions : le microbiote
Intestinal, oculaire, systémique…
Il ne se contente plus d’accompagner les maladies oculaires.
Il pourrait les initier, les moduler, et peut-être demain les traiter.
1. DMLA : l’axe intestin–métabolite–immunité–rétine émerge
Poster — 3 mai, 8h00
Sayan Ghosh et al.
Abstract 83 – 0113
High fat diet mediated gut dysbiosis alters the peripheral metabolite-immune axis and accelerates atrophic AMD progression
Cette étude propose un modèle mécanistique complet reliant l’alimentation, le microbiote et la DMLA.
Chez la souris, un régime riche en graisses et en cholestérol induit :
- une dysbiose intestinale
- un raccourcissement des villosités
- une altération du métabolome plasmatique, notamment une baisse de l’histidine
- une activation immunitaire périphérique
Ces modifications se traduisent par :
=> une aggravation des anomalies de l’épithélium pigmentaire
=> une progression accélérée d’un phénotype type DMLA
Point clé : la transplantation fécale et la supplémentation en histidine atténuent ces effets.
La DMLA atrophique pourrait être, au moins en partie, une maladie systémique métabolique et immunitaire, pilotée par l’intestin.
2. Existe-t-il un microbiote oculaire “central” ?
Conférence — 4 mai, 12h30
Jaishree Gandhi et al.
Abstract 1396
Unraveling the Core Ocular Microbiome and Its Impact on Ocular Immunity
Cette étude explore une question fondamentale : l’œil possède-t-il un microbiote stable ?
Réponse : oui, en partie.
Un noyau microbiologique commun est retrouvé :
- Staphylococcus epidermidis (~56 %)
- Corynebacterium bovis (~7 %)
Ces profils sont stables dans le temps et indépendants de la géographie (étude en Floride et à Pittsburgh).
Mais surtout : ces bactéries interagissent activement avec le système immunitaire
Exemple :
- C. bovis active les cellules γδ T
- des anticorps spécifiques sont détectés chez les sujets sains
Donc le microbiote oculaire n’est pas passif, il participe activement à l’immunité de surface.
3. Uvéite : une maladie oculaire… d’origine intestinale ?
Poster — 5 mai, 13h15
Rupesh Vijay Agrawal et al.
Abstract 3320 – 0857
Gut Microbiome Dysbiosis and Altered Immune Signaling in Uveitis: Evidence from an Asian Cohort
On retrouve des travaux qui rappellent ce que nous avions vu avec Jarmila Heissigerova sur les relations entre le Microbiote, intestinal, buccal, et les uvéites
Chez les patients atteints d’uvéite :
- dysbiose intestinale marquée
- perte de bactéries anti-inflammatoires (productrices d’acides gras à chaîne courte (AGCC) : des molécules issues de la fermentation des fibres par le microbiote intestinal, essentielles à l’équilibre immunitaire)
- augmentation de bactéries pathogènes (Enterobacteriaceae)
Sur le plan systémique :
- augmentation de cytokines inflammatoires
- perte des corrélations normales microbiome–immunité
Fait marquant : certaines bactéries pathogènes montrent des corrélations inversées inattendues, suggérant des mécanismes d’évasion immunitaire.
On peut penser que certaines uvéites pourraient être une maladie immuno-microbienne systémique, où l’intestin désorganise la réponse inflammatoire oculaire.
4. Surface oculaire : quand le microbiote devient pathogène
Poster — 4 mai, 11h30
Hongling Wu et al.
Abstract 1392
Characterizing the Conjunctival Microbiome in Dry Eye Secondary to Rheumatoid Arthritis
Chez les patients atteints de polyarthrite rhumatoïde avec œil sec :
- microbiote conjonctival profondément remanié
- augmentation de Corynebacterium, Staphylococcus et bactéries anaérobies
- perte de stabilité écologique
Sur le plan fonctionnel :
- passage d’un métabolisme aérobie sain à un métabolisme fermentatif pro-inflammatoire
La sécheresse oculaire inflammatoire n’est pas seulement une pathologie de surface.
C’est un déséquilibre d’écosystème !
5. La surface oculaire : un champ de bataille microbiologique
Symposium — 4 mai, 15h36
Poonam Mudgil
Abstract 1885
Decoding Ocular Surface Defence and Microbiome in Disease and Therapy
La surface oculaire est un environnement paradoxal :
- constamment exposée aux microbes
- mais remarquablement protégée
Cette protection repose sur :
- protéines antimicrobiennes
- lipides lacrymaux
- interactions hôte–microbiote
Les déséquilibres microbiens sont impliqués dans :
- sécheresse oculaire
- dysfonction meibomien
- kératite
- blépharite
- infections liées aux lentilles
Le microbiote oculaire devient une cible thérapeutique potentielle. Á suivre…
6. Microbiote oral : un chaînon oublié ?
Poster — 5 mai, 13h15
Rahul S. Nanduri et al.
Abstract 3068 – 0406
The Effect of Periodontal Disease on Ophthalmic Conditions: A Multicenter Retrospective Cohort Study
Cette étude basée sur la base TriNetX explore l’impact de la maladie parodontale sur les pathologies oculaires.
Les patients atteints de maladie parodontale présentent un risque significativement accru de :
- occlusions vasculaires rétiniennes
- hémorragies rétiniennes
- DMLA
- inflammation oculaire
Ces résultats s’inscrivent dans un modèle d’inflammation systémique chronique liée au microbiome oral.
Le microbiote ne se limite pas à l’intestin ou à la surface oculaire. La bouche pourrait être un acteur clé du risque oculaire!
Conclusion
Ces travaux convergent vers un nouveau paradigme :
1. L’œil n’est pas isolé
Intestin, métabolisme, immunité et rétine sont interconnectés
2. Le microbiote est un régulateur
Il module inflammation, immunité et progression des maladies
3. Les maladies oculaires deviennent systémiques
DMLA, uvéite, sécheresse oculaire : même logique de déséquilibre
4. De nouvelles cibles émergent
- microbiome intestinal
- métabolites (histidine…)
- microbiome oculaire
De l’intestin à la surface oculaire… et jusqu’au microbiote oral, l’œil apparaît de plus en plus comme le reflet d’un écosystème microbien global.La question n’est plus : Y a-t-il un microbiome dans l’œil ?
Mais : Comment le microbiote façonne-t-il la maladie oculaire ?
Et surtout : Peut-on le moduler pour traiter ?
De la rétine à l’intestin, l’ophtalmologie entre dans une ère où l’écosystème compte autant que la structure.





