ARVO 2026 LIVE – Tumeurs, rubéose, radiomaculopathie : quand l’inflammation rejoint l’ischémie
À l’ARVO 2026, plusieurs travaux rappellent une réalité parfois sous-estimée : dans de nombreuses maladies rétiniennes sévères, le problème n’est pas seulement vasculaire. Il est aussi inflammatoire, tumoral, ischémique… et souvent chronique.
Des tumeurs vasoprolifératives aux radiomaculopathies, en passant par le glaucome néovasculaire, les stratégies thérapeutiques évoluent vers des approches plus personnalisées, mêlant anti-VEGF, corticoïdes et chirurgie ciblée.
Résumé de 5 journées, par le Dr Isabelle Aknin, présidente de l’ARMD, en direct de Denver.
1. Rubéose irienne : aflibercept 2 mg, 8 mg ou faricimab semblent comparables
👤 Joao J. Nassaralla et al.
📍 Aflibercept intravítreo 2mg ou Aflibercept 8mg ou Faricimab para Rubeose Iridis
Cette étude pilote sur 18 yeux compare l’aflibercept 2 mg, l’aflibercept 8 mg et le faricimab chez des patients atteints de glaucome néovasculaire secondaire à une rétinopathie diabétique proliférative ou à une occlusion veineuse rétinienne.
Les trois traitements réduisent rapidement la rubéose irienne dans la première semaine suivant l’injection, avec maintien de l’amélioration après photocoagulation panrétinienne. Aucune différence significative d’efficacité n’est retrouvée entre les trois molécules. Un seul cas de réaction inflammatoire fibrineuse transitoire est rapporté après aflibercept 8 mg.
Conclusion
Dans le glaucome néovasculaire, le contrôle rapide du VEGF reste central.
Cette petite étude suggère qu’aflibercept 2 mg, aflibercept 8 mg et faricimab obtiennent des résultats comparables sur la rubéose.
Le vrai enjeu reste probablement moins la molécule que la prise en charge globale de l’ischémie rétinienne.
2. Tumeurs vasoprolifératives rétiniennes : la réponse au traitement devient un biomarqueur pronostique
👤 Moustafa S. Magliyah et al.
📍 Long-Term Outcomes of Retinal Vasoproliferative Tumors and Response-Based Classification
Poster — 3 mai, 8h00
Abstract 181 – 0520
Cette série rétrospective sur 18 yeux atteints de tumeurs vasoprolifératives rétiniennes (VPT) confirme la lourde composante exsudative de ces lésions. Liquide sous-rétinien et exsudation étaient présents dans 100 % des cas.
Les injections intravitréennes (bevacizumab, aflibercept, triamcinolone, dexaméthasone) améliorent significativement la vision, tandis que le laser et la vitrectomie réduisent l’épaisseur maculaire centrale.
Les auteurs proposent surtout une classification basée sur la réponse thérapeutique :
- résolution complète,
- résolution incomplète,
- ou tumeur résistante.
Les patients avec une résolution complète obtiennent évidemment les meilleurs résultats visuels.
Conclusion
La VPT n’est pas une simple “petite tumeur périphérique”.
C’est une maladie exsudative chronique susceptible de profondément altérer la macula.
À traiter vite et fort, avec surveillance ++ de la macula.
3. Radiomaculopathie : les implants de fluocinolone pourraient réduire la charge thérapeutique
👤 Lena Zimmermann et al.
📍 Fluocinolone acetonide intravitreal implant for radiation maculopathy: a 6-year follow-up
Poster — 5 mai, 13h15
Abstract 3296 – 0833
La radiomaculopathie reste l’une des complications les plus difficiles après traitement conservateur des mélanomes uvéaux. Dans cette série avec jusqu’à 6 ans de suivi, l’implant de fluocinolone permet une amélioration ou une stabilisation fonctionnelle chez plusieurs patients.
La pression intraoculaire reste stable dans la majorité des cas. L’objectif principal est surtout de réduire la fréquence des injections répétées tout en limitant les fluctuations maculaires.
Conclusion
La radiomaculopathie devient une maladie chronique de survie oculaire.
Le défi n’est plus seulement anatomique : il est aussi logistique et qualitatif.
Réduire la charge thérapeutique tout en stabilisant la macula devient un objectif majeur.
4. Radiomaculopathie : la dexaméthasone semble plus efficace que l’anti-VEGF sur l’inflammation
👤 Giulia Midena et al.
📍 Intravitreal Dexamethasone vs Anti-VEGF Therapy in Radiation Macular Edema
Poster — 4 mai, 15h00
Abstract 2028
Cette étude comparative montre des différences intéressantes entre anti-VEGF et dexaméthasone dans l’œdème maculaire post-radique.
La dexaméthasone réduit :
- le liquide intrarétinien,
- le liquide sous-rétinien,
- l’épaisseur maculaire centrale,
- mais aussi les foyers hyperréflectifs inflammatoires.
Elle améliore également davantage l’intégrité de l’ELM et de la zone ellipsoïde. Les anti-VEGF réduisent surtout le FIR et l’épaisseur maculaire, mais ont peu d’impact sur les biomarqueurs inflammatoires.
Conclusion
La radiomaculopathie n’est probablement pas seulement une maladie VEGF-dépendante. La neuro-inflammation semble jouer un rôle central.
Et les biomarqueurs OCT analysés par IA permettent désormais de le visualiser.
5. Migration d’implant Iluvien : une nouvelle technique mini-invasive
👤 Parth Arvind Shah et al.
📍 A novel surgical technique for repositioning a migrated fluocinolone acetonide implant through zonular dehiscence
Poster — 3 mai, 8h00
Abstract 38 – 0041
Les auteurs rapportent un cas rare mais redouté : la migration en chambre antérieure d’un implant d’acétonide de fluocinolone chez un patient pseudophaque avec déhiscence zonulaire.
Plutôt que retirer l’implant ou le suturer, ils utilisent directement le défaut zonulaire pour le repositionner dans le vitré à l’aide de pinces rétiniennes.
À 6 mois :
- pas de remigration,
- œdème maculaire contrôlé,
- vision stable.
Cette approche élégante montre qu’une chirurgie mini-invasive peut parfois éviter une procédure lourde et coûteuse.
6. Cataracte : la dexaméthasone intracamérulaire reste séduisante… mais sans preuve forte
👤 Sinmiloluwa Tokede et al.
📍 Does intracameral dexamethasone at the conclusion of routine cataract surgery decrease the incidence of post-operative complications?
Poster — 5 mai, 8h30
Abstract 2768 – 0434
Dans cette série de plus de 3 500 chirurgies de cataracte, l’ajout de dexaméthasone intracamérulaire à la fin de la chirurgie semble sûr.
Les complications postopératoires sont numériquement plus faibles :
- moins d’OMC,
- moins d’œdème cornéen,
- moins d’hypertonie.
Mais aucune différence n’atteint la significativité statistique.
Conclusion
La dexaméthasone intracamérulaire pourrait améliorer le confort postopératoire immédiat et réduire la dépendance aux collyres.
Mais son bénéfice clinique réel à long terme reste encore à démontrer.
Conclusion générale
Les maladies rétiniennes complexes ne se résument plus au VEGF.
Inflammation, neuro-inflammation, chronicité tissulaire, biomarqueurs OCT avancés et charge thérapeutique deviennent des paramètres aussi importants que l’épaisseur maculaire elle-même.





