Trou maculaire : surveiller l’autre œil plus étroitement
Lorsqu’un patient présente un trou maculaire idiopathique, une question revient systématiquement en consultation : quel est le risque que l’autre œil soit atteint ?
Une étude publiée dans Ophthalmology Retina apporte une réponse précise en analysant les données de 576 patients présentant un trou maculaire unilatéral. Les auteurs montrent que le risque de développer un trou maculaire dans l’œil adelphe atteint 12 % à 5 ans. Mais ce chiffre global masque une réalité beaucoup plus importante : tout dépend de l’état de l’interface vitréomaculaire.
Par le Dr Isabelle Aknin, présidente de l’ARMD
1- La traction vitréomaculaire change complètement le pronostic
Chez les patients dont l’œil adelphe présente une traction vitréomaculaire (TVM), le risque augmente de façon spectaculaire :
- 19 % dès la première année ;
- 27 % à deux ans.
En analyse multivariée, la TVM multiplie le risque de bilatéralisation par près de 13 (OR 12,9), ce qui en fait de loin le principal facteur prédictif.
À l’inverse, les yeux ayant déjà un décollement postérieur complet du vitré (DPV) sont beaucoup moins exposés.
2- La forte myopie n’est pas un facteur de risque
Contrairement à une idée parfois admise, la longueur axiale et la forte myopie n’augmentent pas le risque de trou maculaire dans le second œil.
Cette observation rappelle que, chez ces patients, l’analyse de l’interface vitréomaculaire est bien plus pertinente que la seule mesure de la myopie.
3- Quelles conséquences en pratique ?
Cette étude rappelle qu’un simple commentaire du type « OCT normale » est insuffisant.
Chez un patient ayant déjà présenté un trou maculaire, l’OCT du second œil doit rechercher spécifiquement :
- la présence ou non d’un décollement postérieur du vitré ;
- une traction vitréomaculaire ;
- une membrane épirétinienne ;
- ou une lésion lamellaire.
La présence d’une TVM justifie une surveillance rapprochée, en particulier durant les deux premières années, période où surviennent la majorité des nouveaux trous maculaires.
Il est également essentiel d’informer les patients des symptômes d’alerte (métamorphopsies, baisse de vision, déformation des lignes), afin qu’ils consultent rapidement.
CONCLUSION
Le message principal de cette étude est simple : tous les yeux adelphes n’ont pas le même risque.
Autrement dit, l’OCT ne sert pas seulement à confirmer qu’il n’existe pas encore de trou maculaire : elle permet d’identifier les patients qui nécessitent une surveillance beaucoup plus étroite.
Le véritable facteur discriminant n’est ni la myopie ni l’âge, mais l’état de l’interface vitréomaculaire.
Référence
Canizares L, Abdelmassih Y, Chapron T, et al. Incidence and Risk Factors of Full-Thickness Macular Hole in Fellow Eyes. Ophthalmol Retina. 2026;10(8):792-800 > Read the full article





