Observer l’inflammation de la rétine en direct : une avancée majeure dans la rétinopathie diabétique
Présentation de Laura Kunz
Résumé par le Dr Aliénor Vienne-Jumeau, MD, PhD, Ophthalmologist at Cochin and Quinze-Vingts Hospital, Paris – Clinical Investigation Centre 1423 DGOS-INSERM Quinze-Vingts Hospital – Centre Borelli, UMR 9010
On sait aujourd’hui que l’inflammation joue un rôle essentiel dans la rétinopathie diabétique: certaines cellules de défense de la rétine, appelées microglies, s’activent sous l’effet d’un excès prolongé de sucre dans le sang et contribuent à abîmer les vaisseaux et les neurones rétiniens.
Le jeudi 4, Laura Kunz a présenté une étude remarquable menée avec l’équipe de Vienne: celle-ci a permis, pour la première fois, d’observer ces cellules en action directement dans l’œil humain vivant, grâce à une technologie d’imagerie de pointe : l’adaptive optics–OCT (AO-OCT).(Pollreisz et al. 2025)
Une technologie qui révèle ce qui était invisible
L’AO-OCT est un OCT « amélioré » qui corrige les imperfections de l’œil pour offrir une image extrêmement nette. Elle permet de visualiser des éléments microscopiques, comme les microglies, que l’on ne pouvait jusqu’ici étudier qu’en laboratoire.
Les chercheurs ont suivi pendant un an :
- des patients diabétiques présentant différents stades de rétinopathie et maculopathie,
- et des volontaires sains pour comparaison.
Chez les sujets sains, les microglies se présentaient comme de petites cellules ramifiées, dotées de prolongements fins et étendus. Cette morphologie « en réseau » est caractéristique d’un état de surveillance, essentiel au maintien de l’homéostasie rétinienne. Dans la rétinopathie diabétique, l’étude a mis en évidence une proportion nettement plus élevée de microglies activées, témoignant d’un environnement inflammatoire soutenu. Deux profils morphologiques dominaient alors :
- des formes hypertrophiques, dans lesquelles les cellules augmentent de volume et voient leurs prolongements se raccourcir ou s’épaissir, signe d’une activation fonctionnelle ;
- des formes amoeboïdes, presque sphériques, dépourvues de ramifications, correspondant à un stade avancé d’activation souvent associé à la phagocytose ou à la libération de médiateurs pro-inflammatoires.

Schéma des différents états d’activation de la microglie rétinienne. Karlstsetter et al, 2015.
Pourquoi est-ce important ?
Ces transformations ne sont pas de simples variations de forme : elles traduisent une réorganisation profonde de l’état immunitaire de la rétine, indiquant une activation chronique susceptible de contribuer aux lésions neurovasculaires observées dans le diabète.
Or, comprendre comment et quand l’inflammation se met en place dans la rétinopathie diabétique pourrait aider à anticiper la progression de la maladie, améliorer le diagnostic précoce et guider des traitements plus ciblés, notamment chez les patients avec œdème maculaire diabétique.(Karlstetter et al. 2015)
En bref
En visualisant la microglie en temps réel, cette étude ouvre la voie à une nouvelle manière de surveiller et peut-être de traiter les maladies rétiniennes liées au diabète.
Références
Karlstetter, Marcus, Rebecca Scholz, Matt Rutar, Wai T. Wong, Jan M. Provis, and Thomas Langmann. 2015. “Retinal Microglia: Just Bystander or Target for Therapy?” Progress in Retinal and Eye Research 45 (March): 30–57. https://doi.org/10.1016/j.preteyeres.2014.11.004.
Pollreisz, Andreas, Laura Eva Kunze, Elisabeth Brunner, et al. 2025. “Assessment of Retinal Microglia Activation Status over Time by Volumetric Adaptive Optics OCT in Human Eyes with Diabetic Retinopathy.” Investigative Ophthalmology & Visual Science 66 (8): 1415–1415.





