Maladie de Vogt-Koyanagi-Harada : le premier consensus international sur l’imagerie multimodale
Par le Dr Isabelle Aknin, présidente de l’ARMD
On connaît la maladie de Vogt-Koyanagi-Harada (VKH), avec ses DSR « inflammatoires » et ses défauts de circulation choroïdienne.
Elle constitue une véritable urgence diagnostique : une prise en charge précoce permet souvent de préserver la vision, alors qu’un retard thérapeutique favorise les récidives et les complications irréversibles.
Jusqu’à présent, plusieurs classifications internationales décrivaient les critères diagnostiques de la maladie. En revanche, aucun document ne précisait la place de l’imagerie multimodale dans le diagnostic, l’évaluation de l’activité inflammatoire et le suivi des patients.
On retrouve le groupe international Multimodal Imaging in Uveitis (MUV) : ils publient cet été le premier consensus spécifiquement consacré à ce sujet.
1- Un changement de paradigme : ne plus se contenter de l’examen clinique
Le principal message de ce consensus est clair : la disparition du liquide sous-rétinien ne signifie pas forcément que l’inflammation est contrôlée.
Le fond d’œil peut paraître calme alors qu’une inflammation choroïdienne persiste.
L’objectif du suivi n’est donc plus uniquement de faire disparaître les décollements séreux rétiniens, mais de détecter une activité inflammatoire infraclinique afin d’éviter les récidives.
2- L’OCT et l’angiographie au vert d’indocyanine deviennent les examens de référence
On a tendance à ne pas faire d’ICG, pourtant, parmi toutes les modalités d’imagerie, deux examens occupent une place centrale :
- l’OCT, indispensable pour analyser les décollements séreux rétiniens, l’épaisseur choroïdienne et certains signes caractéristiques comme le BALAD (image 1)
- l’angiographie au vert d’indocyanine (ICGA), considérée comme la technique la plus sensible pour détecter l’activité inflammatoire occulte grâce aux multiples points hypofluorescents correspondant aux granulomes choroïdiens. (Image 2)
Les auteurs conseillent aussi l’utilisation de l’EDI-OCT ou du Swept Source OCT pour mesurer précisément l’épaisseur choroïdienne, véritable biomarqueur d’activité.
3- Différencier un Harada d’une choriorétinopathie séreuse centrale
Les deux maladies peuvent présenter un décollement séreux rétinien bilatéral et une pachychoroïde.
En revanche, l’hyperhémie ou l’œdème papillaire, les points hypofluorescents en ICGA et le contexte inflammatoire orientent fortement vers une maladie de Harada.
Cette distinction est essentielle, car les traitements sont opposés : une corticothérapie intensive est indiquée dans le VKH alors qu’elle peut aggraver une choriorétinopathie séreuse centrale. Il est donc essentiel de les différencier.
4- Dix recommandations pratiques
Le groupe MUV formule dix recommandations. On retiendra :
- réaliser systématiquement une OCT lors du diagnostic et du suivi (consensus 100 %) ;
- utiliser l’ICGA pour détecter une activité inflammatoire persistante ou une rechute ;
- recourir à l’OCTA pour rechercher une néovascularisation choroïdienne et surveiller les vides de flux de la choriocapillaire ; (image 3)
- utiliser l’échographie lorsque le diagnostic différentiel avec une sclérite postérieure est discuté.
Ce qu’il faut retenir
Ce travail marque une évolution importante de la prise en charge du VKH.
L’imagerie ne sert plus uniquement à confirmer le diagnostic : elle guide désormais l’ensemble du suivi thérapeutique.
Le véritable objectif est d’obtenir non seulement une amélioration clinique, mais également une rémission inflammatoire de la choroïde, parfois invisible à l’examen du fond d’œil.
Les 6 messages pratiques du consensus VKH
- Un fond d’œil calme n’exclut pas une inflammation active.
- OCT + ICGA sont aujourd’hui le duo de référence.
- Une augmentation de l’épaisseur choroïdienne peut annoncer une rechute avant les symptômes.
- Devant un DSR bilatéral, toujours rechercher un œdème papillaire et penser au Harada avant de conclure à une CRSC.
- Les décisions thérapeutiques doivent être guidées par l’activité inflammatoire en imagerie, et non par la seule disparition du liquide sous-rétinien
- Les auteurs conseillent aussi l’utilisation de l’EDI-OCT ou du Swept Source OCT pour mesurer précisément l’épaisseur choroïdienne, véritable biomarqueur d’activité.



Source : Yang P, Xia L, Agarwal A, et al. Evidence and Consensus-Based Guidelines in Vogt-Koyanagi-Harada Disease. Multimodal Imaging in Uveitis (MUV) Taskforce Report 16. Ophthalmology Retina 2026 (article sous presse).





