Vasculite rétinienne : un consensus international pour enfin parler le même langage
La vasculite rétinienne est une cause potentiellement sévère de baisse visuelle, mais sa définition variait jusqu’à présent selon les équipes, les études et les habitudes de chacun. Afin d’harmoniser la terminologie, un groupe international de 27 experts a élaboré, selon la méthode Delphi, un consensus validant des définitions standardisées. (Rosenbaum JT, et al. JAMA Ophthalmology, août 2026)
Par le Dr Isabelle Aknin, présidente de l’ARMD
Pourquoi ce consensus ?
Le terme « vasculite rétinienne » était souvent utilisé pour désigner des situations très différentes, ce qui entraînait des difficultés de communication, une comparaison imparfaite des études et, parfois, des décisions thérapeutiques inadaptées.
Les principaux messages
1. Une fuite angiographique n’est pas synonyme de vasculite.
La fuite de fluorescéine traduit uniquement une augmentation de la perméabilité vasculaire. Elle peut résulter :
- d’une véritable inflammation de la paroi vasculaire ;
- d’une inflammation des tissus voisins ;
- d’une altération vasculaire résiduelle après résolution de l’inflammation ;
- ou d’autres mécanismes non inflammatoires.
Ainsi, la présence ou même la persistance d’une fuite ne prouve pas, à elle seule, une inflammation active.
2. La périvasculite est différente de la vasculite.
Dans la périvasculite, l’inflammation siège autour du vaisseau sans preuve d’atteinte de sa paroi. Elle peut s’accompagner d’un engainement vasculaire, d’exsudats périvasculaires et d’une fuite angiographique, mais ne devrait pas provoquer les complications ischémiques directement liées à une véritable vasculite (occlusions, non-perfusion, infarctus rétiniens, hémorragies inflammatoires).
3. Une vasculopathie n’est pas une vasculite.
De nombreuses maladies non inflammatoires (diabète, hypertension artérielle, troubles de la coagulation, certains médicaments…) peuvent provoquer des anomalies vasculaires avec microanévrismes, hémorragies, zones de non-perfusion ou fuite angiographique, sans inflammation de la paroi vasculaire, donc sans vasculite.
4- Une nouvelle classification
Le consensus définit huit entités :
- Vasculite rétinienne
- Vasculite rétinienne infectieuse
- Vasculite rétinienne non infectieuse
- Vasculite rétinienne primitive
- Fuite vasculaire
- Fuite vasculaire de l’extrême périphérie
- Périvasculite rétinienne
- Vasculopathie rétinienne
5- Prudence avec l’angiographie ultra-grand champ
Une fuite très périphérique ou une hyperfluorescence de l’extrême périphérie peuvent être observées chez des sujets sans pathologie inflammatoire. Ces anomalies ne doivent donc pas conduire, à elles seules, au diagnostic de vasculite.
Take-home message
Aucune image ne permet, isolément, de poser le diagnostic de vasculite rétinienne. L’interprétation doit toujours intégrer :
- les signes d’inflammation intraoculaire ;
- les anomalies vasculaires ;
- les conséquences rétiniennes (ischémie, occlusions, infarctus) ;
- le contexte étiologique (infectieux, inflammatoire systémique ou idiopathique) ;
- l’évolution clinique.
L’objectif de ce consensus est d’améliorer la précision diagnostique, la communication entre spécialistes, la comparabilité des essais cliniques et le développement futur d’outils d’aide au diagnostic, notamment fondés sur l’intelligence artificielle.
Référence
Rosenbaum JT, Gangaputra S, de Smet MD, Jabs DA, Stone JR, Tugal-Tutkun I, Yao L, Gupta V, Agrawal R; REVISE Study Group. Standardization of Retinal Vasculitis Terminology With Consensus Definitions From a Delphi Panel. JAMA Ophthalmol. 2026 Aug 6:e262957. doi: 10.1001/jamaophthalmol.2026.2957. Epub ahead of print. PMID: 42560698; PMCID: PMC13448837. > Lire l’article.





