ARVO 2026 LIVE – Myopie : vers une médecine de la myopie structurée, prédictive… et enfin modifiable
La journée du 3 mai à l’ARVO 2026 confirme une évolution majeure : la myopie n’est plus seulement un trouble réfractif à corriger, mais une maladie chronique à piloter, avec des leviers environnementaux, biométriques et désormais systémiques.
Trois axes dominent :
- contrôle de la progression
- compréhension structurelle
- identification de facteurs de risque modifiables
Résumé de la journée du 3 mai 2026 à l’ARVO, par le Dr Isabelle Aknin, présidente de l’ARMD, en direct de Denver
1. Contrôle de la myopie : un modèle clinique reproductible
L’étude de Langis Michaud, “Evaluating the Montreal Experience in Myopia Management: Two Clinical Settings, Same Outcome – Axial Length Stabilized Below Physiological Growth Over 2 Years”,
Poster 3 mai 15h15, Abstract 1172 – 0942, montre un résultat particulièrement intéressant.
Dans deux contextes très différents (cabinet privé et clinique universitaire), le modèle dit “Montréal” permet :
- une progression de la longueur axiale inférieure à la croissance physiologique
- +0,14 mm (cabinet privé) sur 2 ans
- +0,10 mm (centre universitaire) sur 2 ans
Tous les traitements testés sont efficaces :
- orthokératologie
- lentilles multifocales
- lunettes de défocalisation
Avec quelques nuances importantes :
- l’orthokératologie est la plus performante (+0,09 mm)
- les lentilles de contact sont globalement plus efficaces que les lunettes
- les enfants les plus jeunes progressent plus vite, donc on doit freiner tôt
- l’origine ethnique influence la progression (plus rapide que les asiatiques)
Un point clé : le centre universitaire obtient de meilleurs résultats sur certaines stratégies grâce à des ajustements thérapeutiques plus fréquents. Serait-ce que la stratégie compte moins que l’adaptation dynamique au patient?
2. Big data : comprendre la myopie à grande échelle
L’étude NERO présentée par Rahul Arvo Jonas, “NERO – a UK-based hospital myopia dataset”,
Poster 3 mai 15h15, Abstract 1250 – 1020, apporte une base de données massive issue du Moorfields Eye Hospital.
Données clés :
- 76 728 patients myopes
- près de 150 000 yeux analysés
- 15 628 yeux hautement myopes
- 41 908 yeux avec longueur axiale disponible
- 812 patients traités pour néovascularisation myopique
Objectif > créer une base pour :
- études longitudinales
- analyse des complications
- développement d’outils prédictifs
On entre dans l’ère de la myopie data-driven, avec des cohortes comparables à celles de la DMLA. On va pouvoir réfléchir à grande échelle.
3. Un signal fort : le tabac devient un facteur de risque de la myopie
L’étude de James Loughman, “Smoke Gets in Your Eyes: evidence that smoking is the first modifiable risk factor for myopia-related vision impairment”,
Poster 3 mai 8h00, Abstract 289 – 0932, apporte un message majeur.
Dans une cohorte de plus de 80 000 patients (UK Biobank) :
- le tabagisme augmente le risque de déficience visuelle chez les myopes faibles à modérés
- augmentation du risque de BAV d’environ 57´% chez les fumeurs
- aucun effet comparable chez les myopes forts(mais ils ont déjà tellement de raisons d’avoir une BAV!)
Interprétation :
- myopie forte : dominée par des mécanismes structurels
- myopie faible à modérée : influencée par des facteurs vasculaires ou environnementaux
Hypothèse proposée :
> le tabac pourrait altérer la perfusion rétinienne ou choroïdienne. Implication directe :
> l’arrêt du tabac devient un levier de prévention visuelle chez les myopes.
4. Choroïde et myopie : un biomarqueur structurel majeur
L’étude de Clement Kangombe, “Impact of Age and Myopia on Choroidal Thickness: Results of a novel automated measurement algorithm applied to UK Biobank SD-OCT Data”,
Poster 3 mai 8h00, Abstract 258 – 0901, confirme un point clé.
Sur plus de 50 000 OCT :
- la choroïde s’amincit :
- d’environ 25 µm par décennie
- d’environ 12 µm par dioptrie de myopie
- les myopes forts ont les choroïdes les plus fines
- la variabilité interindividuelle est importante
Apport méthodologique important :
- nouvel algorithme d’analyse automatisée
- taux de réussite >98 %
- excellente reproductibilité
Lecture clinique : la choroïde devient un marqueur structurel central de la myopie et de son évolution.
5. Ce que change cette journée
Plusieurs messages convergent :
1. La myopie est contrôlable
Les stratégies actuelles permettent de ralentir efficacement la croissance axiale.
2. Le suivi doit être dynamique
Ce n’est pas le traitement initial qui compte, mais la capacité à l’ajuster selon l’état du patient.,
3. La myopie devient une maladie de données
Les grandes cohortes vont permettre :
- des modèles prédictifs
- une médecine personnalisée
4. Les facteurs systémiques émergent
Le tabac apparaît comme le premier facteur modifiable identifié dans certaines formes.
5. La choroïde est un acteur clé
Comme dans la DMLA, la dimension vasculaire revient au premier plan.
Conclusion
La myopie change de statut. D’un trouble optique, elle devient une maladie :
- mesurée (longueur axiale, choroïde)
- pilotée (adaptation des traitements)
- modélisée (big data)
- partiellement prévenue (facteurs environnementaux)
Le parallèle avec la DMLA est frappant.
Après avoir appris à traiter la phase tardive, nous apprenons enfin à anticiper et modifier la trajectoire.
La prochaine étape sera claire : identifier les patients à haut risque, plus tôt, et intervenir de façon encore plus ciblée.





