ARVO 2026 live – DMLA atrophique (atrophie géographique) : où en est-on en 2026 ?
Résumé de la journée du 3 mai 2026 à l’ARVO, par le Dr Isabelle Aknin, présidente de l’ARMD, en direct de Denver
1. Un changement de paradigme : enfin des traitements… mais pas partout
Depuis 2023, les États-Unis disposent de deux traitements intravitréens ciblant la cascade du complément : Avacincaptad Pegol et Pegcetacoplan (Pegcetacoplan accessible en Australie aussi, je crois que c’est tout !)
Ils ne restaurent pas la vision, mais ralentissent la progression de l’atrophie.
Conséquence directe observée à l’ARVO 2026 : une explosion des travaux sur le monitoring, la prédiction et les biomarqueurs.
En Europe, l’absence d’accès large à ces traitements crée un décalage :
- moins de pression clinique pour mesurer finement la progression
- mais un intérêt scientifique intact, et une participation aux recherches
2. La grosse discussion de 2026 : la DMLA atrophique serait une maladie vasculaire autant que dégénérative
Hypothèse forte : la perfusion oculaire compte
L’étude sur les sténoses de l’artère ophtalmique apporte un signal fort :
- 91 % des patients avec DMLA avancée ont une sténose dans cette étude
Corrélation avec :
- taille de l’atrophie
- amincissement choroïdien
- altérations rétiniennes
La DMLA atrophique n’est probablement pas uniquement génétique et liée à l’âge, elle est aussi probablement ischémique
C’est un changement majeur : la choroïde et la perfusion deviennent des cibles thérapeutiques potentielles
Réf. : The Association Between Ophthalmic Artery Stenoses and Late-Stage Age-Related Macular Degeneration. Poster 3 mai 8h00 – Omer Trivizki
3. La choroïde au centre du jeu
Plusieurs études convergent :
- Diminution du CVI (Choroidal Vascularity Index) au cours du temps
- Amincissement choroïdien significatif
- Corrélation avec progression de l’atrophie
Ce que ça change :
- le CVI devient un biomarqueur dynamique
- la choroïde n’est plus un simple “témoin”, mais un acteur
On passe d’une vision “Épithélium pigmentaire” à une vision « neurovasculaire intégrée »
Réf. : Longitudinal Choroidal Vascularity Index and Choroidal Volume in Geographic Atrophy poster 3 mai 15h15 abstract 946-0434 – Chris Lee
4. L’IA : du gadget au pilotage clinique
4.1 Mesurer (mais pas encore parfaitement)
L’IA appliquée à l’imagerie grand champ (Optos) :
- ~70 % de segmentations exploitables en conditions réelles
- mais encore ~28 % d’erreurs majeures
Conclusion :
- utilisable
- mais nécessite (encore) une validation humaine
Réf. : Real World Validation of Optos AI Algorithm for GA area Measurement poster 3 mai 15h15abstarct 940-0428 – Reeva Faisal
4.2 Prédire : le vrai game changer
Un modèle de deep learning présenté permet :
- prédiction de la croissance de l’atrophie (R² jusqu’à 0,77)
- anticipation de l’atteinte fovéale à 18–24 mois
Implication directe à terme :
- médecine personnalisée
- sélection des patients à traiter
- design d’essais cliniques plus intelligents
Réf. : Topographic disease forecasting of geographic atrophy progression by artificial intelligence poster 3 mai 15h15 abstract 936-0424 – Oliver Leingang
5. Structure vs fonction : une relation plus complexe que prévu
Une cohorte scandinave (247 yeux) montre :
- Une corrélation structure-fonction (OCT vs AV) uniquement quand la fovéa est déjà atteinte
- Pas de corrélation quand la fovéa est préservée
Une lecture clinique est essentielle :
- un patient peut perdre de la structure sans perdre de vision
- puis basculer brutalement !
Cela justifie pour anticiper un suivi structurel intensif, même si l’acuité visuelle est “bonne”
Réf. : Assessment of the Correlation Between Structural Changes and Vision Loss in Patients with Geographic Atrophy conférence 3 mai 15h45 abstract 841 – Daniel Rudolf Muth
6. Mesurer l’atrophie : attention aux outils
Comparaison des systèmes d’imagerie :
- excellente reproductibilité intra-machine
- mais différences systématiques entre appareils
Message pratique : Toujours suivre un patient avec le même dispositif
Réf. : Comparison of Clarus, Optos and Heidelberg Systems for GeographicAtrophy Area Measurements (COCO GA) Conférence 3 mai 15h30 abstract 839- Jacob Bogost
7. Les traitements en vraie vie : signal encourageant, mais vigilance
Données réelles sur Avacincaptad Pegol et Pegcetacoplan :
- ~45% des yeux améliorent leur acuité visuelle
- gain moyen : +12 lettres
Mais :
- 15% de néovascularisation (42% co-traités avec anti-VEGF. Ça fait pas mal d’injections)
- rares vascularites sévères (0,17%)
- symptômes visuels fréquents (myodesopsies, vision assombrie…)
Donc
- Une efficacité réelle
- mais tolérance et phénotypage des patients à suivre
Réf. : Real-World Outcomes with Intravitreal Syfovre and Izervay in High-Volume Private Retina Clinic: A Two-Year Study – poster 3 mai 8h abstract 134-0164 – Vamsee Krishna Vemulapalli
8. Ce qu’il faut retenir aujourd’hui – 3 mai 2026
1. La DMLA atrophique devient une maladie traitable (au moins aux USA)
2. La perfusion oculaire est un driver sous-estimé
3. La choroïde devient un biomarqueur clé (CVI)
4. L’IA permet de :
- mesurer
- prédire
- personnaliser
5. La fonction visuelle ne suffit plus pour suivre la maladie
6. Le suivi doit être :
- multimodal
- longitudinal
- standardisé
La DMLA atrophique devient une maladie :
- quantifiée
- modélisée
- stratifiée
Et probablement bientôt réellement personnalisée (et ça n’est pas la seule).





