Immunothérapie et œil : voir… sans compromettre la vie
26 février 2026 – Immunothérapie et œil – En direct du Congrès Conde de Valenciana, Mexico. Un résumé du Dr Isabelle Aknin, présidente de l’ARMD, réalisé à partir de la présentation du Dr Enzo Castiglione.
Révolution en oncologie : les inhibiteurs de checkpoints
Depuis 2010, l’immunothérapie a transformé le pronostic des cancers, notamment du mélanome métastatique.
Mécanisme
Les tumeurs expriment des signaux « stop » (PD-1/PD-L1, CTLA-4) pour bloquer l’attaque immunitaire.
Les inhibiteurs de checkpoints lèvent ce frein → le système immunitaire peut détruire les cellules tumorales.
Principaux traitements
• Nivolumab
• Pembrolizumab
• Ipilimumab
Résultat :
• Passage de maladies terminales à des formes chroniques stabilisées
• Amélioration majeure des courbes de survie
• Efficacité accrue en bithérapie
Le revers immunologique : l’uvéite
Les mêmes freins immunitaires (PD-1, CTLA-4) protègent physiologiquement l’œil contre l’auto-immunité.
Les bloquer peut donc déclencher une inflammation oculaire.
Fréquence
• ≈ 1 patient sur 200 développe une inflammation intraoculaire
• Plus fréquent avec anti-CTLA-4 ou thérapies combinées
• Risque relatif d’uvéite postérieure X 43 vs population générale
Manifestations
• Uvéite antérieure (la plus fréquente)
• Uvéite postérieure sévère
• Tableaux type Vogt-Koyanagi-Harada
• Décollement séreux rétinien
Un cas clinique marquant présenté à Conde de Valenciana
Patient de 69 ans traité pour mélanome :
→ surdité brutale + uvéite postérieure sévère + décollement séreux 360°
→ traitement par injection intravitréenne de corticoïdes
→ récupération visuelle
→ poursuite de l’immunothérapie
Le message clé : faux dilemme
Pendant longtemps : “Traiter l’œil = risquer la survie”
Les données récentes (2024) montrent :
• Courbes de survie identiques chez patients avec ou sans uvéite
• Les corticoïdes locaux (dexaméthasone, triamcinolone, difluprednate) sont efficaces, sans impact négatif sur le pronostic vital
Même les anti-TNF peuvent être utilisés si nécessaire.
La suspension de l’immunothérapie n’est indiquée qu’en cas d’inflammation sévère (grade 3–4), décision collégiale avec oncologie.
Des indications en expansion
Les inhibiteurs de checkpoints sont désormais autorisés dans :
• Mélanome
• Cancer bronchique non à petites cellules
• Carcinome rénal
• Cancer urothélial
• Cancers ORL avancés
• Adénocarcinome gastrique
Et la liste continue de s’allonger.
Take-home message
L’immunothérapie a changé l’histoire naturelle de plusieurs cancers.
L’uvéite est un effet secondaire réel mais maîtrisable.
Nous ne sommes plus face au choix « la vue ou la vie ».
Avec une prise en charge locale adaptée, on peut préserver les deux.





