Retour de l’AAO 2026 J2- GLOW2, présenté par Margaret Chang
Par le Dr Isabelle Aknin, présidente de l’ARMD
« Votre vision est bonne, mais votre rétine m’inquiète. » Cette conversation, on l’a tous eue. Chez certains patients diabétiques, les lésions progressent alors que l’acuité reste convenable. Faut-il intervenir avant les complications ? Et comment proposer un traitement préventif sans transformer leur agenda en calendrier d’injections ?
Avec GLOW2, le tarcocimab apporte des résultats intéressants : une amélioration de la rétinopathie, moins de complications menaçant la vision et un espacement des injections jusqu’à 24 semaines. De quoi rouvrir la discussion.
1- Un anti-VEGF conçu pour durer
Le tarcocimab tedromer, développé par Kodiak Sciences, est un anti-VEGF associé à un biopolymère destiné à prolonger sa présence dans l’œil.
La formulation étudiée dans GLOW2 associe 4 mg d’anticorps conjugué au biopolymère et 1 mg d’anticorps libre.
L’idée : obtenir un effet rapide, puis le maintenir dans la durée. Selon la présentation, cette formulation est aussi moins visqueuse que la précédente.
GLOW2 : 5 injections la première année
Cet essai de phase 3, randomisé et en double insu, comparait le tarcocimab à des injections simulées.
- 130 patients sous tarcocimab
- 125 dans le groupe témoin.
La population comprenait des rétinopathies diabétiques non proliférantes modérément sévères à sévères, avec une ouverture aux formes proliférantes légères et à certains OMD légers.
Le calendrier était fixé : S0, S4, S8, S20 et S44, soit 5 injections la première année.
3 injections initiales, puis les intervalles passaient à 12, puis à 24 semaines.
Précision utile : « jusqu’à six mois entre les injections » ne signifie donc pas « deux injections dès la première année ».
2- Les chiffres à retenir
À 48 semaines, le critère principal était atteint : 62,5 % des patients sous tarcocimab amélioraient leur score de sévérité de la rétinopathie diabétique, le DRSS, d’au moins 2 niveaux, contre 3,3 % sous injection simulée (p < 0,0001).
Ce score décrit les lésions rétiniennes. Son amélioration ne correspond pas à un gain de deux lignes d’acuité visuelle.
Complications menaçant, la vision: 2,4% sous traitement versus 15,8 % sous placebo
Donc 85 % de réduction relative du risque de complications, soit une différence absolue de 13,4 points.
Le critère regroupait notamment l’apparition ou l’aggravation d’une rétinopathie proliférante et l’apparition d’un OMD central.
Autre point intéressant : à S44, avant la dernière injection et 24 semaines après la précédente, 59,3 % des patients avaient déjà une amélioration du DRSS d’au moins 2 niveaux.
À S48, un mois après la réinjection, ils étaient 62,5 %. Il y a donc persistance de l’effet sur la rétinopathie au terme de cet intervalle.
3- Tolérance et GLP-1 : des résultats rassurants, à leur juste place
La présentation ne rapportait aucun cas d’inflammation intraoculaire, d’endophtalmie, de vascularite ou d’occlusion vasculaire.
Des cataracte peu fréquentes : 2,3 % sous tarcocimab contre 1,6 % dans le groupe témoin.
Ces observations à un an restent à compléter par une exposition plus large et plus longue.
Chez les patients sous tarcocimab, l’amélioration du DRSS d’au moins 2 niveaux concernait 60,0 % des utilisateurs de GLP-1 et 64,3 % des non-utilisateurs.
Ce sous-groupe suggère un effet conservé du produit sous GLP-1
Reste la question générale du risque oculaire des GLP-1 (on n’en reparle à ARMD le 21 novembre.)
4- Et au cabinet, qu’est-ce que cela pourrait changer ?
Pour un patient à risque qui voit encore bien, la contrainte des injections pèse lourd. Un traitement durable pourrait rendre cette discussion plus acceptable.
La sélection des patients reste essentielle.
GLOW2 ne justifie certainementpas d’injecter tous les patients diabétiques. La question sera de déterminer chez qui le risque de complications justifie les contraintes, les risques et le coût du traitement.
Moins d’injections ne veut pas dire moins de surveillance. L’espacement thérapeutique ne doit pas devenir un rendez-vous perdu de vue. Le suivi rétinien et la prise en charge du diabète restent indispensables.
Et surtout : moins de complications n’est pas encore la preuve d’une meilleure vision à long terme.
Dans Protocol W, l’aflibercept préventif avait réduit les complications sans améliorer l’acuité à 4 ans par rapport à une surveillance avec traitement lors de leur apparition. GLOW2 étudie une autre molécule et un autre schéma, mais cette question reste centrale.
Une perspective, pas encore une prescription
Le tarcocimab demeure expérimental. Kodiak prévoit un dépôt américain au quatrième trimestre 2026 dans la rétinopathie diabétique, la DMLA néovasculaire et les occlusions veineuses.
La dernière diapositive évoquait aussi DAYBREAK, dans la DMLA néovasculaire : non-infériorité visuelle face à l’aflibercept et 54 % des patients à un intervalle de 24 semaines. Un autre essai, une autre population.
Ce que GLOW2 apporte à notre réflexion est déjà intéressant : prévenir les complications avec un traitement suffisamment durable pour trouver une éventuelle place dans la vie du patient. Reste à préciser qui traiter, combien de temps et avec quel bénéfice visuel au long cours.





