AAO 26 -J2 Résumé de la conférence de Srinivas R.
Par le Dr Isabelle Aknin, présidente de l’ARMD
Une plaque d’atrophie grandit… mais où avance-t-elle, et quelle vision menace-t-elle ? C’est le fil conducteur de cette conférence. Srinivas Sadda propose deux approches complémentaires : suivre le déplacement du bord de l’atrophie et pondérer sa sévérité selon sa localisation.
1. La surface : une mesure simple, mais insuffisante
Traditionnellement, on mesure la surface de l’atrophie géographique et son augmentation au fil du temps. Or une grande lésion possède un périmètre plus important : davantage de bord peut avancer, donc davantage de surface peut disparaître…
La transformation en racine carrée de la surface atténue cet effet, surtout pour les lésions uniques et circulaires. Mais les lésions multifocales compliquent les choses : lorsqu’elles fusionnent, leur périmètre change, ce qui modifie leur dynamique d’expansion.
Ajuster la croissance au périmètre améliore l’analyse, mais ne prend pas encore en compte la localisation ni la direction de progression.
2. La fovéa semble résister… et cela change notre interprétation
Srinivas Sadda présente des travaux montrant que l’atrophie avance plus lentement vers les régions à forte densité de photorécepteurs, notamment la fovéa.
L’hypothèse est particulièrement intéressante : la vitesse d’avancée en distance peut diminuer alors que le nombre de photorécepteurs perdus au cours du temps reste relativement constant. Dans une région très dense, une « faible progression » peut donc correspondre à une perte cellulaire importante.
Dans les analyses présentées, l’ajustement à la densité des photorécepteurs rend les vitesses de progression dans les différentes directions beaucoup plus comparables .
Conséquence pratique : un ralentissement à l’approche de la fovéa peut relever de l’histoire naturelle de la maladie. Il faut le distinguer d’un effet thérapeutique.
3. La nouveauté : suivre le « front » de l’atrophie
Le « front advancement » consiste à mesurer de combien le bord de la lésion s’est déplacé entre deux examens, en tenant compte des différents secteurs.
Cela permet de distinguer l’avancée vers la fovéa de celle vers la périphérie.
Dans les comparaisons présentées, cette mesure avait une évolution plus linéaire et plus prévisible que la racine carrée de la surface ou la surface ajustée au périmètre.
Srinivas Sadda illustre son intérêt avec une thérapie cellulaire : dans l’exemple présenté, l’atrophie cessait de progresser vers la greffe, tout en continuant à s’étendre ailleurs. Une mesure globale de surface décrit moins bien cet effet local.
4. Un score de sévérité pour rapprocher anatomie et fonction
Deux lésions de même surface peuvent avoir des conséquences visuelles très différentes selon leur position.
Srinivas Sadda propose donc un « GA severity score » : chaque pixel d’atrophie est pondéré selon sa distance au centre de la fovéa, à partir d’un modèle de la « colline de vision », représentant la sensibilité visuelle normale.
La surface devient ainsi une sorte de pseudo-volume pondéré par son importance fonctionnelle. Il ne s’agit pas d’un véritable volume anatomique.
Dans la petite étude pilote présentée :
- la variation de surface d’atrophie n’étaient pas corrélée avec la variation de vision ;
- la variation du score de sévérité, elle, était corrélée à cette variation.
C’est une piste prometteuse pour mieux relier progression anatomique et retentissement visuel, encore à confirmer au-delà de cette étude pilote.
Ce qu’on retient en pratique
L’atrophie a gagné des mm² ? D’accord. Mais de quel côté ?
Et à quelle distance de la fovéa ?
Srinivas Sadda nous propose de mesurer à la fois l’avancée du bord et l’importance visuelle du territoire perdu. Cela pourrait nous aider à mieux comprendre ce que les traitements préservent réellement.





