On sait que c’est sponsorisé par Bayer. Mais on a toujours une pépite à trouver
Par le Dr Isabelle Aknin, présidente de l’ARMD
Alors j’ai fait ce qu’on fait entre ophtalmos à la machine à café : j’ai écouté les messages, regardé les chiffres, et essayé de séparer ce qui relève du slogan de ce qui peut vraiment changer notre pratique.
Le fil rouge n’était pas très difficile à trouver : avec l’aflibercept 8 mg, on ne cherche plus tellement à gagner trois lignes supplémentaires. On cherche surtout à sécher, maintenir la vision… et espacer les injections.
1- Aflibercept 8 mg : que se passe-t-il après le switch ?
Patricia Udaondo a présenté des données de vraie vie chez 616 patients DMLA déjà traités, passés à l’aflibercept 8 mg.
À 12 mois, ils avaient reçu en moyenne 6,3 injections.
Chez les patients venant d’un anti-VEGF de première génération, la proportion atteignant un intervalle d’au moins 16 semaines passe de 7 % à 18 %. Chez ceux venant du faricimab, elle passe de 4 % à 10 %.
Ce qui m’intéresse davantage est ce qui se passe selon l’état de la rétine au moment du switch.
Chez les patients dont la lésion était déjà inactive, les intervalles ≥16 semaines passent de 12 à 24 %, tandis que les traitements très rapprochés, ≤5 semaines, passent de 21 à 5 %.
Moralité provisoire : switcher un patient déjà sec pour gagner en intervalle ça peut aider le patient
Mais tout n’est pas parfait non plus.
À 12 mois, le FSR passe globalement de 28 à 21 %, et le FIR de 36 à 22 %. Chez les lésions actives au moment du switch, l’amélioration anatomique est plus nette : SRF de 43 à 28 %, IRF de 57 à 32 %. À l’inverse, quelques patients initialement secs développent du liquide sous traitement.
Donc : on sèche globalement davantage. Mais non, toutes les rétines ne deviennent pas miraculeusement sèches jusqu’à Noël.
2- SPECTRUM : la vraie vie commence à parler
Autre série intéressante : SPECTRUM, grande étude observationnelle de vraie vie menée sur 24 mois dans 18 pays, avec plus de 3 700 patients inclus.
Attention : pendant ce symposium, ce ne sont pas les données françaises complètes à 12 mois qui ont été montrées. Celles-là seront présentées demain par Corinne Dot.
Ici, nous avions essentiellement des données de switch à 24 semaines.
Chez 683 patients DMLA venant de l’aflibercept 2 mg, l’épaisseur rétinienne centrale diminue de 26 µm. À S24, 75,8 % n’ont plus d’IRF et 62 % plus de SRF ; 66,8 % ont pu allonger leur intervalle.
Chez 229 patients venant du faricimab, la diminution de CRT est de 28 µm, avec 63,9 % sans IRF, 52,1 % sans SRF et 51,7 % ayant allongé leur intervalle.
Donc là encore, le message est assez simple : le switch ne sert pas uniquement à essayer d’assécher davantage une rétine. Il peut aussi servir à chercher de la durabilité.
Et demain, on aura justement les données françaises à 12 mois pour voir si cette promesse tient quand on laisse passer un peu plus de temps.
3- SWITCH-HIGH : quelques semaines de gagnées peuvent compter
SWITCH-HIGH s’intéresse également à des patients DMLA néoVx déjà traités.
L’épaisseur rétinienne passe de 283,5 à 278,5 µm et la proportion de rétines sèches de 34,3 à 47,8 %, avec un maximum de 50,5 % après la deuxième injection.
Mais là encore, ce sont les intervalles qui attirent mon attention.
Dans l’ensemble de la population, on passe de 7,4 à 8,8 semaines, soit +1,4 semaine.
Et chez les patients dont la rétine était déjà sèche au départ : 7,6 → 11 semaines, soit 3,4 semaines gagnées.
Trois semaines, sur une courbe, ça ne paraît pas révolutionnaire.
Pour un patient qui vient se faire injecter toute l’année — et pour nos agendas — ça commence à compter.
4- Et puis Bayer nous a sorti autre chose que de l’anti-VEGF
Ah enfin du nouveau ! 😳
Sergio Leal a présenté PER-001, un implant intravitréen biodégradable à libération prolongée qui bloque le récepteur A de l’endothéline.
On change donc complètement de mécanisme.
La piste est explorée dans la rétinopathie diabétique mais également dans le glaucome.
Dans la RD, les premiers résultats suggèrent une amélioration de la sensibilité aux contrastes en faible luminance, autour de +2,7 à +3,4 dB selon les doses et les fréquences spatiales.
Dans le glaucome, les données de champ visuel sont intriguantes : pente de déviation moyenne de +1,52 dB/an à forte dose et +1,11 à faible dose, contre –1,16 dB/an dans le groupe contrôle.
Mais là, on range immédiatement les trompettes : les groupes comptaient seulement 8 à 9 patients par bras.
C’est intéressant. C’est à suivre. Ce n’est pas encore une révolution thérapeutique certifiée
Et après ?
Le pipeline présenté par Bayer montre aussi quelque chose d’intéressant : l’après-anti-VEGF commence sérieusement à se préparer.
À côté de PER-001 apparaissent notamment trois programmes issus de BlueRock : OpCT-001 pour les maladies primitives des photorécepteurs, OpCT-002 pour la DMLA sèche tardive/atrophie géographique et OpCT-003 pour les formes précoces ou intermédiaires de DMLA sèche.
Ce que je ramène de ce symposium
Pas une nouvelle course aux lettres ETDRS.
La bataille se déplace progressivement vers autre chose : garder la même efficacité anatomique et fonctionnelle en faisant revenir le patient moins souvent.
Et c’est probablement là que les données de vraie vie deviennent plus intéressantes que les jolies courbes des essais pivotaux.
Parce que le vrai test d’un traitement durable, ce n’est pas d’écrire q16 sur une diapositive.
C’est de savoir combien de nos patients y arrivent vraiment.
Demain, Corinne Dot présentera justement les données françaises complètes de SPECTRUM à 12 mois. Et on attend la suite du teaser de Switch-high par Vincent Soler Et celles-là, je les attends.



