Implant Prima – Rétablir la vision chez les patients atteints d’atrophie géographique
Interview exclusive du Dr Yannick Le Mer, Institut de la Myopie, Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild par le Dr Isabelle Aknin, présidente de l’ARMD
Le Dr Yannick Le Mer, chirurgien spécialisé en rétine et pionnier dans l’implantation de l’implant Prima de Science Corporation (préalablement Pixium Vision) a réalisé 30% des interventions mondiales avec ce dispositif révolutionnaire. Lors d’un échange à l’Institut de la Myopie, il a partagé avec le Dr Isabelle Aknin, présidente de l’ARMD, les défis, les résultats, et les perspectives de cette technologie innovante, conçue pour redonner une partie de la vision aux patients souffrant d’atrophie géographique avancée. Interview vidéo et synthèse des échanges.
Une technique chirurgicale maîtrisée, mais exigeante
L’implantation de l’implant Prima repose sur une vitrectomie suivie d’une injection sous-rétinienne pour créer une bulle et décoller la rétine. Cependant, la zone d’atrophie ne peut pas être décollée facilement, ce qui nécessite une dissection manuelle depuis l’épithélium pigmentaire. Une fois cette étape réalisée, une petite rétinotomie permet d’insérer la puce sous la rétine à l’aide d’un injecteur dédié. Le perfluorocarbone est utilisé pour remettre la rétine à plat, suivi d’un échange fluide-air et d’une tamponnade au gaz ou à la silicone, selon les préférences du chirurgien.
« Il n’y a pas de recette magique, mais il y a des choses à ne pas faire », souligne le Dr Yannick Le Mer. Malgré la complexité apparente, cette intervention reste accessible aux chirurgiens rétiniens expérimentés, avec un entraînement simple et des résultats anatomiques généralement bons. La priorité est de préserver la rétine périphérique, car les patients ont déjà perdu leur vision centrale.
Sélection rigoureuse des patients : un critère de succès
Le choix des patients est crucial. Pour être éligible, le patient doit présenter :
- Une acuité visuelle inférieure à 20/320 (environ 1/20).
- Une atrophie géographique étendue bilatérale (la puce mesure 2 mm x 2 mm, soit 4 mm², l’atrophie doit avoir une surface supérieure).
« On ne place pas la puce directement sous la fovéa, mais légèrement en périphérie, à environ 500 microns », explique le Dr Yannick Le Mer. Cette approche réduit les risques tout en optimisant les résultats visuels.
Résultats fonctionnels : entre progrès et limites
Les résultats anatomiques sont encourageants, mais la récupération fonctionnelle dépend fortement de la rééducation postopératoire. Les patients doivent apprendre à utiliser une petite zone de vision, souvent plus réduite que leur scotome initial. « C’est comme essayer de lire Tolstoï à travers un trou sténopéique », compare le Dr Yannick Le Mer.
- Plus de 80% des patients voient une amélioration de 2 à 3 lignes en EDTRS.
- Certains parviennent à lire des phrases de manière fluide, tandis que d’autres progressent lettre par lettre.
- Aucun patient n’a perdu en vision dans la série du Dr Le Mer.
La rééducation est très difficile :
- 1 mois après la chirurgie, commence la rééducation
- Cette rééducation s’apparente à la rééducation basse vision : il faut apprendre à « viser plus bas » qu’avec une vision habituelle, et il faut maitriser la caméra qui met du temps pour « attraper » les lettres. Une partie des patients restent bloqués à la perception de lettres une par une. Cette première étape prend 4 à 6 semaines
- Puis il faut apprendre à reconstituer des mots. La possibilité de lecture est limitée à quelques lettres. On voit « champ » puis « ignon » dans champignon. Le patient doit donc reconstituer les mots. Cette deuxième phase peut prendre encore 4 semaines
- Les plus chanceux arrivent près quelques mois de rééducation acharnée (en s’entrainant quotidiennement à la maison) à lire des phrases. Mais ce ne sont pas les plus nombreux
- Le texte doit être assez fixe pour que la mise au point par la caméra, le traitement de l’image par le petit ordinateur, puis la restitution par la puce s’opère. Par exemple, il ne sera pas possible de lire des sous-titres à la télévision, car ils sont trop fugaces pour le système.
La qualité de vie ne s’améliore pas systématiquement. « Certains patients peuvent lire des phrases complètes, voire des livres, mais pour d’autres, c’est plus difficile, car le temps de traitement de l’information visuelle est rallongé », précise-t-il.
Perspectives d’avenir : innovations et défis
L’étude se poursuit sur 3 ans, avec des résultats intermédiaires déjà prometteurs à 1 et 2 ans. Les prochaines étapes incluent :
- Le marquage CE de l’implant, essentiel pour son remboursement et son adoption à plus grande échelle.
- Le développement de puces plus grandes ou multi-puces pour élargir le champ visuel central. Pour des raisons d’interférence électrique, on ne peut pas multiplier les pixels de la puce. Ils sont actuellement à 100 µm, on pourrait réduire à 75 µm, mais pas plus.
- L’intégration de la rééducation basse vision dans un package complet, incluant chirurgie et suivi postopératoire.
« On a mis un orteil dans l’eau, et on avance pas à pas », résume le Dr Yannick Le Mer. Bien que cette technologie ne soit pas une révolution, elle offre une amélioration significative pour des patients en impasse thérapeutique.
Une avancée majeure, mais pas une solution miracle
L’implant Prima représente une avancée majeure pour les patients atteints d’atrophie géographique. Cependant, son succès dépend d’une sélection rigoureuse des patients, d’une technique chirurgicale précise, et d’un suivi postopératoire intensif.
« Ce n’est pas une solution miracle, mais c’est une option de plus pour nos patients », conclut le Dr Yannick Le Mer. Une lueur d’espoir pour ceux qui ont tout perdu… ou presque.





