AAO 2026 — Remigromig, résultats à un an de BRUNELLO
Par le Dr Isabelle Aknin, présidente de l’ARMD
Dans l’œdème maculaire diabétique, nous avons appris à bloquer le VEGF. Mais certains OCT traînent à répondre, et les progrès visuels ne sont pas toujours à la hauteur de nos attentes. Alors, peut-on agir autrement ?
À l’AAO 2026, Donald J. D’Amico a présenté une piste qui mérite notre attention : le remigromig, un traitement expérimental conçu pour activer la voie Wnt et favoriser la réparation et le maintien de la barrière hématorétinienne.
Les résultats à un an de BRUNELLO apportent une première réponse clinique solide. Et un nouvel espoir à explorer pour les patients.
1- Une autre façon de lutter contre les fuites
Le remigromig, également appelé MK-3000, anciennement EYE103, est un anticorps trispécifique et tétravalent.
Il rapproche les récepteurs Frizzled-4 et LRP5 pour activer la signalisation Wnt, impliquée dans le fonctionnement de la barrière vasculaire rétinienne. (Je vous l’ai écrit comme je l’ai lu..)
L’idée est séduisante : aider les vaisseaux à retrouver leur étanchéité.
Cette approche agit par une voie distincte de celle du VEGF.
Pour un OMD qui persiste malgré les traitements, cela ouvre une question intéressante : pourrait-on, demain, adapter davantage le traitement au mécanisme qui entretient l’œdème ? BRUNELLO ne répond pas encore à cette question de sélection des patients, mais permet de tester cette nouvelle cible à grande échelle.
2- BRUNELLO en quelques chiffres
Cet essai pivot de phase 2b/3, randomisé et en double insu, a inclus 984 adultes avec un OMD. Environ un quart avait déjà reçu un traitement anti-VEGF.
3 groupes recevaient 1 injection intravitréenne toutes les 4 semaines pendant la première année :
● Remigromig 0,5 mg.
● Remigromig 0,8 mg.
● Ranibizumab 0,5 mg.
Le critère principal était la variation moyenne de l’acuité visuelle à un an, avec un objectif de non-infériorité au ranibizumab.
On se calme: ce dont des IVT mensuelles strictes, pendant 1 an.
La vision progresse avec les deux doses
À un an, le gain moyen était de :
● +9,1 lettres ETDRS sous remigromig 0,5 mg.
● +8,7 lettres sous remigromig 0,8 mg.
● +11,8 lettres sous ranibizumab 0,5 mg.
Les deux doses atteignent le critère de non-infériorité.
Les différences restent dans la marge prévue par le protocole.
Les gains sont néanmoins numériquement plus élevés avec le ranibizumab : il ne faut donc pas transformer la non-infériorité en supériorité, ni en égalité parfaite. Aucun critère secondaire n’a démontré de supériorité du remigromig.
Les courbes présentées montrent aussi une réponse anatomique rapide, avec une diminution de l’épaisseur rétinienne centrale maintenue à un an. Voilà le résultat intéressant : une autre cible biologique peut produire un bénéfice visuel démontré face à un anti-VEGF de référence.
Les deux doses de remigromig atteignent la non-infériorité sur le gain visuel à un an. Les graphiques montrent l’évolution de l’acuité visuelle et de l’épaisseur rétinienne centrale.
Un point de vigilance à garder bien visible
L’inflammation intraoculaire était peu fréquente et comparable entre les groupes. Aucun cas de vascularite rétinienne n’a été rapporté dans la présentation.
En revanche, les événements indésirables liés à la rétinopathie diabétique proliférante, incluant de nouveaux cas, étaient plus fréquents sous remigromig : 6,7 % à 0,5 mg et 6,1 % à 0,8 mg, contre 0,9 % sous ranibizumab.
L’intervenant évoque une protection moindre contre la progression néovasculaire, cohérente avec un traitement qui agit sur la barrière plutôt que directement sur le VEGF. Cela reste une interprétation à approfondir. Ces données ne suffisent pas à affirmer que le médicament provoque une rétinopathie proliférante, ni à écarter ce signal.
3- le mot du promoteur
Le communiqué du promoteur rapporte également davantage d’arrêts pour événements indésirables : 4,9 % et 4,5 %, contre 0,9 %. L’évaluation de la tolérance devra donc accompagner celle du bénéfice visuel.
4- Ce que cela peut changer pour nos patients
L’espoir est celui d’un choix thérapeutique supplémentaire (ou complémentaire ?), fondé sur une nouvelle cible.
Il faudra encore préciser quels patients pourraient en bénéficier, notamment en cas d’œdème persistant, et comment surveiller la rétinopathie dans son ensemble.
Ces résultats ne démontrent pas une réduction du nombre d’injections : la première année reposait sur un traitement mensuel dans les trois groupes. La seconde année doit étudier des intervalles personnalisés. L’essai compagnon BAROLO est également en cours.
Conclusion
Pour nos patients, c’est une raison d’espérer : la recherche continue à ouvrir d’autres voies lorsque les réponses restent incomplètes. Le remigromig reste expérimental, mais BRUNELLO donne une base clinique sérieuse pour poursuivre cette piste.
Source de conférence : Donald J. D’Amico, « BRUNELLO: 1-Year Pivotal Trial Results of Remigromig (MK-3000, formerly EYE103) for the Treatment of Diabetic Macular Edema », AAO 2026, 10 octobre 2026.





