AAO 2026Les différents diagnostics possibles avec l’OCT-UWF

AAO 2026 – J2 – D’après la conférence de Daniela Bacherini, « Ultrawide-Field Peripheral OCT in Vitreoretinal Disorders ».

Par le Dr Isabelle Aknin, présidente de l’ARMD

On sort de la macula (spéciale dédicace au dr Neil Bressler, les présents à l’AAO auront la ref.)

Daniela Bacherini nous emmène en périphérie, là où l’on repère un palissade, un petit trou, un soulèvement… avant de se demander : faut-il surveiller ou traiter ?

1– FO ou OCT

L’OCT périphérique apporte un élément de réflexion : une coupe de la lésion et de ses rapports avec le vitré. Et parfois, cette coupe fait évoluer notre appréciation.

Le fond d’œil situe la lésion ; l’OCT en précise la structure

L’examen de la périphérie rétinienne, avec indentation sclérale lorsque nécessaire, reste essentiel. Mais certaines adhérences, certaines tractions ou une petite lame de liquide sous-rétinien peuvent être difficiles à apprécier cliniquement.

2- L’imagerie ultra-grand champ permet de repérer la zone d’intérêt

L’OCT périphérique ciblé permet en complément d’explorer l’épaisseur et l’interface vitréorétinienne. On cherche notamment un amincissement, une interruption de pleine épaisseur, une adhérence du vitré, une traction et du liquide sous-rétinien.

La question devient donc plus précise : que se passe-t-il dans la rétine, et que fait le vitré au-dessus ?

3- Deux images de petits trous, deux situations différentes

C’est l’un des exemples les plus parlants de la conférence. Deux trous se ressemblent comme deux gouttes d’eau au fond d’œil, tout en présentant des caractéristiques très différentes en coupe.

Dans les cas illustrés, un premier profil associe des bords éversés, une adhérence ou une traction vitréenne et du liquide sous-rétinien. Un second présente des bords plats, sans adhérence vitréenne ni liquide sous-rétinien, compatible avec un trou atrophique.

Les photopsies étaient surtout associées aux lésions tractionnelles, aux bords éversés et aux petits soulèvements rétiniens. Dans la série présentée, ces éléments ont souvent conduit à un traitement laser, tandis que les trous atrophiques sans ces signes étaient surveillés.

NB: Ce sont les choix rapportés par l’équipe dans cette série : ils ne constituent pas une règle automatique de traitement fondée sur l’OCT seul. Les symptômes et l’ensemble de l’examen restent déterminants.

4- Les palissades prennent du relief

Dans les 25 cas de dégénérescence palissadique étudiés, l’OCT décrivait un amincissement irrégulier, des remaniements microkystiques, une liquéfaction du vitré et des tractions vitréo-rétiniennes au niveau des lésions.

Chez les patients symptomatiques, la présence de trous de pleine épaisseur associés à une traction avait motivé un laser.

Pour l’interne devant sa première palissade, voilà une bonne raison de dépasser l’étiquette diagnostique : regarder la lésion, puis regarder ses rapports avec le vitré.

5- Rétinoschisis ou décollement : la coupe peut lever le doute

Autre situation bien connue : un patient adressé pour suspicion de décollement périphérique, alors qu’il pourrait s’agir d’un rétinoschisis.

L’OCT permet de préciser où se situe la séparation : à l’intérieur de la rétine ou sous la rétine neurosensorielle. Il aide aussi à rechercher une éventuelle composante associée de décollement.

6- Quand la visibilité est imparfaite, et avant la chirurgie

Daniela Bacherini, très optimiste, a montré un cas où un trou périphérique avait pu être identifié malgré une hémorragie du vitré. Une possibilité intéressante lorsque les conditions permettent l’acquisition, sans en déduire que l’OCT pourra traverser toutes les hémorragies.

De même, dans le décollement de rétine, les coupes étendues peuvent préciser l’étendue du soulèvement et le statut maculaire, voire révéler de petites ouvertures difficiles à voir cliniquement.

Dans un décollement tractionnel diabétique, elles peuvent aussi contribuer à une cartographie préopératoire des rapports entre vitré et rétine.

On rêve d’avoir un OCT ultra grand champ facile et rapide à utiliser…

7- Un chiffre et des questions encore ouvertes

La série présentée portait sur 107 yeux. Selon Daniela Bacherini, les informations de l’OCT couplées aux symptômes avaient modifié la décision clinique dans environ 44 % des cas.

Ce chiffre mesure une influence sur la décision ; il ne démontre pas, à lui seul, une réduction des décollements de rétine ni un bénéfice du traitement choisi à long terme.

Il manque encore des protocoles d’acquisition standardisés et une validation prospective des critères de risque. L’archivage des coupes offre néanmoins un support utile pour le suivi, la discussion entre collègues et la téléexpertise.

À retenir :

Devant notre prochaine lésion périphérique, pour affiner la question : « Et le vitré, il fait quoi ? » pensons, si on y a accès, à l’OCT périphérique

Publication associée : Bacherini D. et al. Characterization of Peripheral Retinal Degenerations and Rhegmatogenous Lesions Using Ultra-Widefield Swept Source OCT Integrated with a Novel Scanning Laser Ophthalmoscope. Diagnostics. 2025;15(22):2930. https://doi.org/10.3390/diagnostics15222930