Le patient lit les lettres. Très bien. Mais les lignes ondulent, la lecture devient pénible et son œil le gêne au quotidien. Avec une membrane épi-rétinienne (MER), une acuité visuelle encore correcte peut cacher une vision franchement inconfortable.
Par le Dr Isabelle Aknin, présidente de l’ARMD
Alors, faut-il vraiment attendre de perdre des lignes pour discuter chirurgie ? Une étude britannique publiée le 14/10/26 dans Retina permet de s’appuyer sur quelques chiffres
1-l’etude
Jones et ses collègues ont étudié rétrospectivement 163 yeux de 163 patients opérés d’une MER symptomatique dans 4 centres britanniques.
163 yeux qui voyaient encore relativement bien : Tous avaient une meilleure acuité visuelle corrigée d’au moins 5/10 avant l’intervention.
La question est très concrète :
- que peut-on espérer d’une vitrectomie avec pelage de MER quand l’acuité est encore relativement bonne ?
- Et quel risque fait-on prendre à cet œil qui voit déjà ?
2- Le résultat qui compte n’est pas toujours l’échelle d’acuité
Dans cette cohorte, l’acuité visuelle moyenne reste globalement inchangée après l’intervention. Pourtant, 92 % des patients rapportent une amélioration de leurs symptômes.
Voilà le résultat qui retient l’attention. Une moyenne d’acuité stable et un patient qui se sent mieux peuvent parfaitement coexister.
L’échelle d’acuité nous renseigne sur les lettres qu’il distingue ; elle ne résume pas tout le confort visuel.
Le détail des résultats
- amélioration de l’acuité dans 49,4 % des yeux,
- stabilité dans 30,6 %
- baisse dans 20 %.
Autrement dit : la stabilité de la moyenne masque des destins visuels bien différents.
3- Une amélioration fréquente, un risque bien réel
Un risque de baisse d’acuité dans 1 œil sur 5 mérite d’être expliquée avant l’opération, même si toutes ces baisses n’ont ni la même cause ni la même gravité.
2 yeux sur 163, soit 1,2 %, ont présenté une perte visuelle majeure, avec une acuité postopératoire inférieure à 20/200, soit 1/10. Le compte rendu détaillé transmis décrit un pli fovéal et un trou maculaire de pleine épaisseur.
La cataracte est aussi à anticiper. Selon ces mêmes données détaillées, 23 des 49 yeux phaques ont développé une cataracte dans la première année. C’est un élément à intégrer à la discussion sur le résultat visuel et sur une éventuelle seconde intervention.
4- Ce que cette étude permet de dire… et ce qu’elle ne tranche pas
Ces résultats justifient la discussion chirurgicale chez certains patients gênés malgré une bonne acuité. Ils ne démontrent pas qu’il faudrait opérer toutes les MER plus tôt.
Les limites :
L’étude est rétrospective, sans groupe témoin non opéré. Elle décrit des patients déjà sélectionnés pour la chirurgie. Et une amélioration subjective des symptômes n’équivaut pas, à elle seule, à une mesure standardisée de la qualité de vie ou des métamorphopsies.
Le résumé officiel ne précise pas non plus le stade OCT des MER, leur étiologie, ni les critères permettant d’identifier les meilleurs candidats. Il ne fournit donc pas une recette pour décider qui opérer.
5- Alors: au cabinet on fait quoi ?
La piste pratique est simple : devant une MER, demander ce que le patient arrive à lire, mais aussi comment il le lit.
- La lecture est-elle devenue laborieuse ?
- Qu’attend-il réellement de l’intervention ?
L’acuité, l’OCT, le statut cristallinien et la gêne fonctionnelle alimentent ensemble la discussion avec le chirurgien. Il faut remettre la gêne dans la conversation
L’objectif attendu doit être clair : améliorer le confort visuel peut être un bénéfice important, même sans gagner de lignes. Mais ce bénéfice n’est pas garanti et le risque de baisse visuelle doit être explicite.
« Vous avez encore 6/10 » peut ouvrir la discussion. Cela ne devrait pas la fermer.
Référence
Jones RL, Feroz L, Lipa RM, Mahmoud F, Wong R, Hillier R, Dell’Aversana Orabona G. Clinical outcomes of epiretinal membrane surgery in patients with good baseline visual acuity. Retina. Publication en ligne le 14 octobre 2026. DOI : 10.1097/IAE.0000000000004976.

